Jacques Hardelay (Marseille Provence Croisière) : « Nous tablons sur 2,8 millions de passagers en 2026 »​Catalina Cueto

Le Grand Port de Marseille vient d’inaugurer le branchement électrique à quai de trois paquebots en simultané. Quels sont les avantages concurrentiels de cette installation ?

Jacques Hardelay : Malte a été le premier port à proposer une électrification en 2024. Mais Marseille devient le seul port en Méditerranée à pouvoir électrifier trois paquebots de plus de 250 mètres de long en simultané. Le port de Toulon n’a qu’un seul poste électrique à quai, tandis que Barcelone, pourtant leader sur la croisière, n’en disposera qu’en 2027.

À terme, combien de paquebots pourront bénéficier de ce branchement ?

Jacques Hardelay : Avec quatre prises disponibles et trois connections possibles, le port de Marseille couvre déjà 80% des usages. Dans la grande majorité des cas, un à deux paquebots sont à quai en simultané. Deux jours par an, on compte entre cinq et six navires à quai en même temps. Dans la mesure où 30% des bateaux en escale fonctionnent au Gaz Naturel Liquéfié (GNL), le port connectera en priorité ceux qui naviguent au gazoil, pour éviter les fumées.

La réglementation rend-elle obligatoire le branchement électrique ?

Jacques Hardelay : Il n’y a pas d’obligation à ce stade. Toutefois, je rappelle que la France détient la palme en matière d’électricité verte, du fait de son énergie à majorité d’origine nucléaire. Tous ces éléments ne peuvent qu’attirer des armateurs, cela va dans le sens de l’histoire et de la décarbonation de la croisière.

Qu’en est-il de la fourniture de GNL pour les paquebots, alors que des installations industrielles gazières ont été bombardées au Qatar en mars dernier ?

Jacques Hardelay : L’alimentation en GNL représente entre 3000 et 4000 m3 par navire, c’est très peu par rapport à d’autres usages. On ne peut pas parler de pénurie, d’autant que la France se fournit en majorité en Algérie, pas au Qatar. Cela ne constitue pas un frein au développement de ce type de propulsion.

Quelle est la feuille de route à l’échéance 2030 ?

Jacques Hardelay : À Marseille, 90% des escales devront être connectées, y compris pour les porte-conteneurs et les navires en réparation. Mais d’ici là, les bateaux devraient fonctionner avec de nouvelles solutions non polluantes pour leurs mouvements, à l’arrivée et au départ des ports. D’ici 2035, on peut s’attendre à des propulsions à l’hydrogène pour la navigation elle-même.

En juillet 2022, la mairie de Marseille avait lancé une pétition contre les navires les plus polluants. Les rapports se sont-ils améliorés ?

Jacques Hardelay : Tous les feux ne sont pas encore au vert, mais il n’y a plus de feux rouges ! Disons qu’il n’y a plus de blocages comme il y a quelques années. Le dialogue est ouvert. La croisière peut poser des problèmes et nous sommes là pour les résoudre. Nous collaborons avec tous les institutionnels, dont l’Office du tourisme, et nous attendons la nomination de son nouveau président d’ici la fin avril.

Quelles sont les perspectives de trafic à Marseille d’ici la fin de 2026 ?

Jacques Hardelay : Après une année 2025 à 2,6 millions de passagers, en progression de 8% par rapport à 2024, nous tablons sur une fréquentation de 2,8 millions de passagers en 2026, avec 750 escales. Le mois de mars a été fantastique malgré les annulations de quatre escales en raison du mistral. L’objectif est d’attirer 50% d’escales en tête de ligne, contre 30% l’année dernière, ce qui renforce l’impact économique des croisières à Marseille, sur les partenaires hôteliers notamment. Qui plus est, nous travaillons à la mise en place d’une ligne aérienne New York/Marseille en 2027 pour faire venir une clientèle américaine, friande de croisières.

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