
L’agence Interface MICE a dévoilé les conclusions de son étude annuelle sur le marché de l’événementiel professionnel français. Si le retour au 100% présentiel est définitivement acté, les professionnels français doivent naviguer à vue, entre un contexte économique et géopolitique de plus en plus instable.
Ce mercredi 15 avril, Interface MICE a présenté les résultats de son étude annuelle 2025 consacrée au marché de l’événementiel professionnel en France. Détaillé par Tahina Randriamandranto, directeur du département MICE, ce rapport dresse le portrait d’un secteur résilient, porté par des agences événementielles françaises qui s’adaptent en permanence. Sur ce point, il convient d’emblée de préciser que la collecte des données (90 réponses de professionnels de l’événementiel français) s’est achevée en janvier dernier, soit avant le déclenchement des récentes opérations militaires dans les pays du Golfe.
Un détail, qui n’en est pas un, puisque le poids de la géopolitique bouleverse directement la feuille de route des professionnels et rebat les cartes du choix des destinations en 2026. Si en début d’année 30% des agences exprimaient encore un intérêt pour la zone du Moyen-Orient, la réalité du terrain leur impose désormais des décisions radicales. Tahina Randriamandranto souligne que l’enlisement du conflit modifie profondément la dynamique du secteur. « Jusqu’à il y a deux semaines, les agences françaises géraient principalement des reports, mais aujourd’hui, ce sont des annulations fermes », explique-t-il. Selon lui, elles sont désormais contraintes de trouver des solutions de repli urgentes pour que les événements de leurs clients aient lieu et ce report pourrait bénéficier aux destinations européennes et à l’Afrique subsaharienne, qui ne cesse de monter en puissance auprès des décideurs. L’allongement des temps de vol et les difficultés de correspondances dans les hubs du Golfe entraînent un redéploiement logistique immédiat vers ces destinations, au détriment de l’Asie Pacifique.
Des budgets contraints par la volatilité des prix
Dans ce climat d’incertitude, le budget conserve logiquement sa place de tout premier critère dans le choix des organisateurs d’événements. L’enveloppe globale allouée par les entreprises clientes se stabilise, mais Tahina Randriamandranto rappelle que ce budget reste l’un des premiers touchés en temps de crise. En revanche, l’inflation modifie la répartition interne de ces budgets pour les agences organisatrices. La flambée des tarifs aériens les oblige à procéder à des arbitrages stricts. Afin de conserver un équilibre financier viable et de respecter les contraintes de leurs clients, elles sont de plus en plus amenées à réduire la part dédiée à l’hébergement pour absorber la hausse du coût des vols. Sans surprise, en 2025, la France reste ainsi la première destination choisie par les organisateurs devant l’Espagne et l’Italie.
La RSE comme « filtre de sélection systématique »
L’autre enjeu majeur qui structure le travail des agences en 2026 concerne la RSE. À la première lecture du rapport, la RSE semble en retrait puisqu’elle n’arrive qu’en 11ème position sur les 14 critères d’évaluation d’une destination. Cette place est trompeuse, prévient le directeur MICE d’Interface Tourisme. L’engagement durable n’est plus un simple argument commercial, « il est devenu un filtre de sélection systématique », assure-t-il. Selon lui, une destination ou un lieu qui manque de maturité sur les enjeux environnementaux et sociaux risque tout simplement d’être écarté d’office par les agences. En parallèle, les certifications s’imposent comme des garanties rassurantes, et plus de 40 % des organisateurs scrutent la présence d’écolabels avant de valider leurs prestataires, en particulier auprès des hôteliers.
La fin des événements virtuels ?
L’étude entérine également la fin des expérimentations virtuelles. Plus de 93% des agences événementielles tablent sur des opérations 100% physiques en 2026, confirmant que « le virtuel n’a pas percé comme on l’avait imaginé », déclare Tahina Randriamandranto. Les formats plébiscités restent les séminaires et les incentives réunissant une cinquantaine de personnes sur trois jours. Selon le rapport, pour sécuriser leurs opérations sur le terrain, les agences françaises ont laissé peu de place à l’improvisation en 2025, et cette tendance devrait se renforcer en 2026. Elles s’appuient massivement sur les réceptifs locaux (DMC) et consultent très largement les offices de tourisme et/ou Convention Bureau pour obtenir des informations réglementaires ou sécuritaires en temps réel. Enfin, cette nécessité de s’adapter en permanence se répercute directement sur les délais de prise de décision. Si en 2025 le délai de validation d’une destination stagnait entre 6 et 12 mois, la tendance n’est aujourd’hui ni à l’allongement ni à la réduction globale de cette fenêtre de tir, mais à une dépendance totale au contexte géopolitique. Tahina Randriamandranto observe ainsi que, face aux crises inattendues comme celle dans les pays du Golfe, les agences événementielles anticipent davantage d’options de repli et de prises de décisions dans des délais ultra-courts.
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