
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la hausse des prix aériens et les arbitrages de plus en plus contraints des voyageurs européens pour l’été à venir, la Tchéquie se met en ordre de bataille et entend cet été jouer une carte simple : proximité, accessibilité et découverte. « Notre objectif est de montrer à quel point notre pays est facile d’accès et riche culturellement », explique Tereza Hofmanova, représentante de CzechTourism.
« Nous voulons aussi faire évoluer certaines perceptions : beaucoup de touristes, notamment français, nous voient encore comme un pays de l’Est, alors que nous sommes au cœur de l’Europe », indique-t-elle à L’Écho touristique en marge d’une conférence de presse donnée à Prague lundi 20 avril. « Prague est plus à l’Ouest que Vienne ! », rappelle-t-elle en souriant.
Au-delà de ce symbole, les autorités veulent positionner la destination comme un compromis pertinent pour les voyageurs européens cet été, entre accessibilité, richesse patrimoniale et montée en gamme. Prague a ainsi vu l’ouverture de nombreux hôtels 4 et 5 étoiles ces dernières années.
Sortir de Prague
Mais la stratégie gouvernementale se veut plus large. « Notre objectif est de mieux diriger le tourisme, pour qu’il bénéficie davantage à nos régions et pas uniquement à Prague », résume aussi le ministre du Développement régional, Filip Endal.
Aujourd’hui, le tourisme compte pour 2,5% du PIB tchèque (8,3 milliards d’euros) et près de 5% de l’emploi. Si Prague reste la locomotive — 8,2 millions de visiteurs en 2025 sur un total de 23 millions dans le pays — les autorités veulent désormais accélérer sur les régions.
Pour cela, en 2026, 85 millions de couronnes (41M€) seront investis dans les destinations locales, un projet de registre numérique (eTurista) pour mieux suivre les flux sera déployé, et l’État musclera son soutien aux liaisons aériennes, vers l’Asie et l’Amérique depuis Prague, mais aussi vers toute l’Europe depuis les aéroports régionaux.
Une marge de progression importante sur le marché français
Parmi les priorités, la France apparaît comme un marché sous-exploité. Avec seulement 3% des visiteurs internationaux l’an passé, elle reste loin derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis ou même encore l’Italie et l’Espagne. « Nous espérons développer ce marché, même si nous n’avons pas encore d’explication claire à ce faible niveau », reconnaît Tereza Hofmanova. « Les touristes français doivent encore découvrir notre pays », ajoute-t-elle.
Pour y parvenir, CzechTourism veut miser sur la gastronomie. « C’est un élément très important pour les voyageurs français », insiste-t-elle. Alors que le nombre de restaurants récompensés par le Guide Michelin est en hausse (9 étoilés et 31 tables récompensées au total dans le pays), une carte les recensant a été mise en place. Au-delà, la Tchéquie investit pour valoriser plus largement son patrimoine culinaire, son tourisme viticole et ses productions locales.
Reste la question du prix, souvent perçu comme un frein. « Les tarifs ont augmenté, notamment dans le centre de Prague. Mais nous restons globalement dans une gamme intermédiaire en Europe, avec un bon rapport qualité-prix », assure la représentante. Un bon argument alors que s’ouvre un été où certains voyageurs pourraient renoncer aux destinations long-courriers pour des raisons de prix.
Famtrip et workshop géants
C’est dans cette logique qu’a été organisée, du 16 au 21 avril, la 10e édition des Czechia Travel Trade Days, de retour à Prague cette année après plusieurs éditions en région. Pendant cinq jours, près de 200 professionnels issus de 60 pays — tour-opérateurs, agents de voyages, médias — ont enchaîné plus de 2 000 rendez-vous avec les acteurs du tourisme tchèque.
Workshops, conférences, rendez-vous BtoB, networking, voyages de découvertes dans les régions : le programme était aussi intense que l’investissement fut massif pour les autorités tchèques.
« On peut enchaîner jusqu’à 20 rendez-vous par jour », raconte le représentant d’un tour-opérateur britannique. « Pour nous, il s’agit d’une destination de plus en plus importante pour le tourisme de mariage, plus abordable que d’autres pays européens. Nous pouvons louer des salles dans des châteaux de contes de fées pour quelques centaines d’euros la journée », indique aussi une agente de voyages venue spécialement de Corée du Sud.
Avant ces journées d’intenses rendez-vous professionnels à Prague, plusieurs famtrips ont permis aux invités de découvrir les différentes régions du pays, de la Moravie à la Bohême centrale, en passant par Plzeň ou Olomouc. Entre sites classés à l’Unesco, patrimoine industriel, gastronomie, vignobles et « perles cachées », la Tchéquie voulait démontrer la richesse de son offre encore trop souvent réduite à sa capitale.
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Comment la Tchéquie veut muscler son tourisme et sortir de l’ombre de Prague
