Guerre en Iran : un Paris-New York coûte 129 € en plus​David Keller-Posalski

Guerre en Iran : un Paris-New York coûte 129 € en plus

Selon une étude publiée par Transport & Environment (T&E) ce 21 avril, la crise au Moyen-Orient révèle la vulnérabilité du secteur aérien européen face à sa dépendance aux carburants fossiles. L’Union européenne importe plus de 95% de son kérosène, ce qui expose directement les compagnies et les passagers aux chocs pétroliers mondiaux. Cette situation a provoqué une hausse spectaculaire des prix des billets, bien plus importante que les coûts liés aux réglementations climatiques européennes.

L’analyse démontre que pour un vol long-courrier entre Paris et New York, l’augmentation du coût du carburant liée à l’instabilité géopolitique représente environ 129 € par passager, tandis que le mandat européen sur les carburants durables ReFuelEU n’ajoute que 3€ au prix du billet. Sur les vols court-courriers intra-européens, comme la liaison Barcelone-Berlin, la prime géopolitique atteint 26 € par passager, contre seulement 7 € pour le système d’échange de quotas d’émission européen et 0,6 € pour ReFuelEU. Ces chiffres confirment que la volatilité des prix du pétrole constitue la principale menace financière pour le secteur, et non les politiques climatiques.

Une dépendance structurelle critique

L’Union européenne dépend des importations pour environ 95% de son approvisionnement en kérosène. Un tiers de la demande européenne est directement satisfait par l’importation de kérosène raffiné, principalement en provenance du Moyen-Orient, tandis que le reste provient de pétrole brut importé et raffiné au sein de l’Union. Au total, environ 30% de l’approvisionnement en kérosène de l’Union européenne, incluant le pétrole brut raffiné dans l’Union et le kérosène raffiné importé, dépend des importations transitant par le détroit d’Ormuz. 

En 2024, l’Union européenne a importé pour plus de 30 milliards d’euros de combustibles fossiles destinés à l’aviation, un montant qui devrait augmenter significativement en 2026 dans le contexte de la crise pétrolière actuelle. Cette dépendance massive expose le secteur à des risques géopolitiques, à la volatilité des prix et aux perturbations d’approvisionnement, compromettant ainsi la sécurité énergétique européenne. Chaque euro dépensé en kérosène fossile représente un transfert direct hors de l’économie européenne vers les géants pétroliers mondiaux, qui profitent de l’instabilité géopolitique.

Annulations massives et restrictions

La crise a entraîné des impacts multiples sur le secteur aérien européen. Les compagnies aériennes ont été contraintes de modifier leurs itinéraires pour éviter les espaces aériens instables, tandis que de nombreuses compagnies régionales du Moyen-Orient restent clouées au sol. Au-delà des opérations, la crise a déclenché des pénuries de kérosène qui ont conduit à des annulations de vols significatives et à une augmentation des coûts de carburant. 

SAS a annulé plus de 1.000 vols rien qu’en avril. Quatre aéroports italiens – Milan Linate, Bologne, Venise et Trévise – ont introduit des restrictions sur le kérosène en raison de la crise énergétique, donnant la priorité aux vols long-courriers et médicaux. Lufthansa a préparé des plans d’urgence pour immobiliser jusqu’à 40 appareils, tandis que Ryanair a averti de réductions potentielles de 10% sur l’ensemble de son réseau pour gérer la flambée des coûts du kérosène. Dans un scénario de fermeture complète du détroit d’Ormuz, la demande en kérosène devrait être réduite d’environ 30% à court terme.

Préconisation : un business travel à 50% de 2019

Face à cette crise, T&E recommande plusieurs mesures de réduction de la demande pour atténuer la dépendance européenne aux importations pétrolières volatiles. L’organisation propose d’adopter des objectifs de réduction des voyages d’affaires aériens à 50% des niveaux de 2019, de réduire ou d’interdire les vols extrêmement courts pouvant être remplacés par un trajet en train de moins de quatre heures, et d’imposer des restrictions sur les voyages en jets privés en “dépriorisant” les créneaux horaires des aéroports. 

Ces mesures permettraient de réduire immédiatement la consommation de pétrole tout en identifiant les routes jugées prioritaires dans le contexte d’une crise, comme les vols militaires, d’évacuation et médicaux. L’étude souligne que réduire de 30% les vols de plus de 6.000 km, affectant moins de 2% de tous les vols au départ de l’Union européenne, pourrait compenser environ 30% de la pénurie potentielle de kérosène.

L’indépendance par les carburants durables

L’étude insiste sur le fait que les carburants aériens durables représentent l’ancrage stratégique pour l’indépendance énergétique à long terme de l’Europe. Contrairement aux biocarburants, les carburants de synthèse peuvent être produits localement en utilisant l’électricité renouvelable et le dioxyde de carbone, réduisant ainsi la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales et l’exposition aux points de passage géopolitiques. T&Et estime que les biocarburants durables avancés et issus de déchets ne pourraient couvrir que 15% en 2030 et 7,5% en 2050 de la demande projetée en kérosène de l’Union européenne. 

En 2024, environ deux tiers des matières premières pour carburants durables rapportées à l’Agence européenne de la sécurité aérienne provenaient de l’extérieur de l’Union européenne, la Chine et la Malaisie étant les principaux fournisseurs. Les recommandations incluent la protection du système d’échange de quotas d’émission et le réinvestissement des revenus, le renforcement des mandats sur les carburants durables à long terme et l’introduction d’une taxe sur les profits exceptionnels pour les revenus générés par le kérosène fossile.

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