
À qui appartient Intrepid Travel, qui a acheté le groupe lyonnais Altaï Travel le 31 mars 2026 ?
Zina Bencheikh : Julien Leclerc, président de Decathlon Travel, est devenu l’actionnaire de référence à l’issue de l’augmentation de capital effectuée en 2021. L’entreprise aurait très bien pu survivre pendant la pandémie sans son arrivée au capital, en mettant en hibernation ses activités. Mais Julien nous a alors offert l’opportunité de nous ouvrir au marché français tout en accélérant les investissements pour mieux rebondir. Darrell Wade et Geoff Manchester, qui ont créé Intrepid en 1989, sont les deux autres actionnaires majeurs et historiques. Ces cofondateurs ont ouvert 10% du capital à tous les salariés dans le monde. Le rachat d’Altaï s’inscrit dans le cadre d’une volonté de s’ouvrir aux marchés européens.
Yann (Wulser) devient le directeur France d’Intrepid, il aura en charge les marchés français, belge, suisse et québécois.
Yann Wulser est le directeur général d’Altaï. Il reste aux commandes, au-delà de la période de transition ?
Zina Bencheikh : Yann devient le directeur France d’Intrepid, il aura en charge les marchés français, belge, suisse et québécois. Son rôle sera très important pour la phase d’intégration puis pour celle de l’expansion. Son travail sera du business development. Le groupe aime la croissance, l’activité globale progressait d’ailleurs de 20% avant le début de la guerre au Moyen-Orient.
Pour l’instant, nous opérons sur cinq marchés principaux. L’Australie reste le marché d’origine, là où tout a commencé il y a 37 ans. Suivent les marchés anglais, américain, français, canadien, néerlandais. Le marché français est donc désormais notre quatrième marché. Nous nous sommes implantés aux Pays-Bas grâce à l’acquisition en 2025 d’une entreprise similaire à Altaï, spécialisée dans les voyages d’aventure pour les petits groupes : Sawadee.
Comme aux Pays-Bas, nous cherchons en France des synergies, notamment opérationnelles. Altaï, partenaire de longue date, dispose d’une expertise en langue française que nous n’avons pas. Cela nous permettra de proposer des départs en français à nos partenaires. Le groupe est également très performant sur le segment FIT, contrairement à nous, ce qui crée des opportunités. C’est dans cette logique de complémentarité que nous avons déjà transféré 50% de l’activité de Sawadee à nos DMC.
Pourquoi Intrepid rachète Altaï en France ? Pour s’ouvrir au marché français et diluer son risque ?
Zina Bencheikh : Oui, c’est pour s’ouvrir au marché français et se diversifier. Nous l’avons vu lors des précédentes crises. Pendant la pandémie de Covid-19, les Australiens n’ont pas pu voyager pendant deux ans. Le pays était fermé. Intrepid a eu beaucoup de soucis. Heureusement, l’entreprise disposait déjà d’un bureau en Angleterre. Mais nous aurions sans doute été plus résilients si nous avions eu d’autres bureaux en Europe. La diversification géographique au niveau des marchés comme des destinations a fait la force du groupe au fil du temps. Lors de l’épidémie de Sras, l’entreprise était complètement dépendante du marché australien vers l’Asie du Sud-est. Du jour au lendemain, nous avons failli mettre la clé sous la porte. Nos deux cofondateurs ont alors pris conscience de la nécessité de diversifier les activités à tous les niveaux, y compris au niveau de la distribution.
Nous vendons près de 50% des voyages à travers les agences de voyages. Altaï, qui commercialise à 100% en direct, va beaucoup bénéficier de cette expertise. C’est aussi important de souligner que nous avons des valeurs communes. Nos deux entreprises sont d’ailleurs certifiées B Corp. Nous travaillions déjà ensemble depuis cinq ans. Nous opérons pour eux dans certaines destinations, et réciproquement. Par exemple, Altaï monte des voyages en Patagonie pour nous, nous des voyages au Maroc pour eux. Nous avions une relation commerciale, nous sommes désormais dans le même groupe.
Vous avez des points communs et également des différences avec Altaï. Ce voyagiste français vend des forfaits, quand Intrepid ne vend que des prestations terrestres, sans les vols.
Zina Bencheikh : Absolument. Les plus grandes entreprises du voyage d’aventure en petits groupes – Intrepid et G Adventures – ont la même approche de voyages flexibles sans vol : nos clients viennent de différents pays et ils prennent eux-mêmes leurs billets d’avion. Nous proposons toutefois les vols comme un service additionnel pour les clients qui le souhaitent. 10% à 15% prennent cette option dans des pays comme l’Angleterre et l’Australie.
Ce qui est très intéressant pour nous, c’est que Sawadee comme Altaï sont en all inclusive. Nous pourrions nous inspirer de leur modèle pour comprendre s’il y a là une opportunité ou pas. Il existe une autre spécificité chez Intrepid qui n’existe pas sur le marché français : tous nos départs sont garantis. C’est un risque mais crée un climat de confiance avec les clients.
Avant le conflit au Moyen-Orient, Intrepid avait prévu d’atteindre 938 millions de dollars australiens en 2026, ce qui représentait 15% de croissance annuelle.
Intrepid est l’un des principaux acteurs du voyage d’aventure dans le monde. Combien de clients adressez-vous. Quels sont les chiffres clés du groupe ?
Zina Bencheikh : Avant le conflit au Moyen-Orient, Intrepid avait prévu d’atteindre 938 millions de dollars australiens en 2026, ce qui représentait 15% de croissance par rapport à 2025. Nous sommes le numéro un mondial du voyage d’aventure. En 2025, nous avons fait voyager 350 000 clients. L’Australie représente 45% d’entre eux, l’Angleterre et l’Amérique du nord se partagent les 55% restants. S’ajoutent désormais les 20 000 clients de Sawadee et les 25 000 clients d’Altaï. Sur une année pleine, le groupe représente donc près de 400 000 clients.
Pour accompagner votre croissance, envisagez-vous une introduction en Bourse ?
Zina Bencheikh : Ce n’est pas exclus, à terme, quand les fondateurs quitteront l’entreprise.
Vous êtes un groupe intégré avec vos propres réceptifs. Combien de DMC avez-vous dans le monde ?
Zina Bencheikh : Nous disposons d’un réseau de 35 DMC, qui opèrent en marque blanche pour 100 millions de dollars. Nous souhaitons atteindre 50 DMC d’ici 2029. Altaï développe sa propre DMC en France, à Lyon, qui sera l’une de ces ouvertures, ce qui nous permettra de développer le domestique. L’Australie est devenue chez nous la première destination de nos clients australiens. Nous voulons faire la même chose en Angleterre. C’est un moyen de décarboner notre activité et de dé-risquer notre business en cas de crise, comme nous l’avons vu pendant la pandémie.
Intrepid en chiffres
Créé en 1989, Intrepid revendique le titre de numéro un mondial du voyage d’aventure. Le groupe a réalisé des ventes de 873,3 millions de dollars australiens en 2025 (625M€, +26% en glissement annuel) et 809,3 millions de dollars de revenus (+29%). Son Ebitda atteint 53,9 millions de dollars (+26 %). L’entreprise, qui revendique 318 000 clients l’an passé, compte 2100 employés, contre 122 salariés en France pour Altai. Intrepid est positionné sur les voyages en groupe, soit les GIR, qu’elle vend à 65% en B2C.
Qui est Altaï ?
Altaï coiffe la marque éponyme, Atalante et le réseau Altaï DMC, Hello Travel. En 2024, l’entreprise affiche un chiffre d’affaires de 55 millions d’euros et Hello Travel de 25 millions d’euros. Ensemble, les deux entités coiffent environ 80 millions d’euros de ventes annuelles, a confirmé mardi Yann Wulser. Pour mémoire, Altaï est actionnaire majoritaire de Hello Travel (Les Copines de Voyage et Les Aventureurs).
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