Sabre accuse Amadeus de pratiques anticoncurrentielles​David Keller-Posalski

Sabre accuse Amadeus de pratiques anticoncurrentielles

Le marché des systèmes informatiques aériens connaît actuellement une période trouble marquée par les tensions opposant ses deux principaux acteurs mondiaux. Cité par le média américain The Company Dime, Kurt Ekert, directeur général de Sabre, a en effet récemment accusé son concurrent Amadeus d’utiliser sa position dominante sur le marché des systèmes de services passagers (PSS) pour freiner l’émergence de solutions technologiques modulaires et limiter la concurrence. 

Fleurets mouchetés

Sabre reproche à Amadeus d’exploiter son poids considérable en tant que fournisseur de PSS auprès de nombreuses compagnies aériennes pour ériger des barrières à l’entrée contre les acteurs concurrents proposant des briques modulaires basées sur le standard Offers & Orders promu par l’IATA. Ces modules couvrent différentes fonctions comme les offres, les commandes, les paiements ou encore les programmes de fidélité.

Selon Kurt Ekert, cette stratégie viserait à étouffer la concurrence sur les nouvelles solutions technologiques et à freiner les compagnies aériennes qui souhaiteraient adopter des solutions alternatives ou mixtes, leur permettant de diversifier leurs fournisseurs plutôt que de rester dépendantes d’un seul acteur – comprendre : d’Amadeus.

Les absents ont toujours tort

Un élément factuel majeur alimente directement ces accusations. Lors du Retailing Consortium (Consortium de vente au détail) organisé par l’IATA en octobre 2025, les fournisseurs de solutions informatiques ont été invités à réaliser des démonstrations en conditions réelles devant un panel de compagnies aériennes, qui ont ensuite procédé à un vote. Sabre a participé à cet événement, et l’a remporté, aux côtés de partenaires comme Google, Hyatt, Lufthansa Systems et CellPoint Digital, présentant un parcours complet et opérationnel couvrant les étapes de recherche, de commande et de gestion des perturbations.

Alors qu’Amadeus y a brillé… par son absence. Mike Ryes Senior VP Product Management chez Sabre notre à ce propos sur le site de son entreprise : « Some well-known players chose not to participate this year. Their absence was… noticeable. » (« Certains acteurs bien connus ont fait le choix de ne pas participer (à cette démonstration comparative) cette année. Leur absence était… notable »). Derrière l’ironie de l’assertion, la position de Sabre est claire : Amadeus évite les comparaisons directes tout en s’appuyant sur sa position de marché pour maintenir son influence sans avoir à prouver la supériorité de ses solutions dans un environnement concurrentiel ouvert.

Sabre au clair

Face à ce qu’il présente comme une logique de verrouillage du marché, Sabre se positionne comme le champion de l’ouverture et de la modularité. L’entreprise américaine met en avant sa plateforme Sabre Mosaic, présentée comme une solution modulaire permettant aux compagnies aériennes de moderniser leur infrastructure technologique à leur propre rythme, sans dépendance exclusive envers un fournisseur unique.

Lors du dernier salon ITB Berlin, organisé en mars 2026, Sabre a d’ailleurs annoncé une refonte technologique majeure de son architecture, désormais orientée cloud et intégrant l’intelligence artificielle via Google Gemini. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté affichée de proposer aux compagnies aériennes une plus grande flexibilité dans leurs choix technologiques, en rupture avec le modèle historique des systèmes monolithiques qui imposent une dépendance forte à un seul éditeur pour l’ensemble des fonctions critiques de gestion des passagers et des réservations.

« Fate loves irony »

Plusieurs observateurs du secteur rappellent toutefois que les deux entreprises opèrent dans un environnement contraint par les mêmes dynamiques structurelles. Les coûts de migration entre systèmes demeurent extrêmement élevés pour les compagnies aériennes, ce qui limite naturellement la mobilité des clients et favorise une certaine inertie du marché.

De plus, Sabre a elle-même fait l’objet par le passé d’accusations similaires de pratiques anticoncurrentielles, notamment de la part de compagnies comme US Airways et American Airlines, ainsi que du Département de la Justice américain. A ce propos, un commentaire LinkedIn réagissant aux accusations de Sabre se contente d’un désopilant « Fate loves irony » (« le destin adore l’ironie« ). Dans un style moins sarcastique, l’ex « Monsieur NDC » d’American Airlines qu’est Cory Garner ne dit pas autre chose, et considère en outre que les accusations de Sabre relèvent davantage d’une stratégie de positionnement commercial que d’une réelle défense des principes de concurrence ouverte.

Une chose est sûre : les accusations mutuelles entre Sabre et Amadeus révèlent les tensions liées au passage des systèmes monolithiques historiques vers des architectures modulaires qui représente un défi considérable. Une autre l’est tout autant : pendant que les deux géants américain et européen s’envoient de telles amabilités, les nouveaux entrants comptent les points.

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