
La flambée des prix du kérosène, conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz depuis fin février 2026, contraint les transporteurs à annuler des centaines de vols prévus en mai et juin 2026. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal près de 20% de la production mondiale d’hydrocarbures, est bloqué par Téhéran depuis le début de la guerre en Iran. Cette situation a provoqué une augmentation spectaculaire du prix du carburant d’aviation. Le prix de la tonne de kérosène est passé de 750 à 831 $ (environ 677 à 751 €) à 1.800-1.900 $ (1.627 à 1.717 €) en quelques semaines, obligeant les compagnies à prendre des mesures drastiques pour préserver leur rentabilité. L’Europe, qui importe habituellement la moitié de son kérosène depuis les pays du Golfe, se trouve particulièrement exposée à cette crise d’approvisionnement.
Transavia confirme 400 annulations
« En raison du contexte géopolitique actuel au Moyen-Orient et de ses répercussions sur le prix du carburant d’aviation, Transavia France adapte son programme de vols et est contrainte de procéder à l’annulation de plusieurs vols prévus aux mois de mai et juin 2026 », a indiqué la compagnie dans un communiqué publié ce 26 avril. Les annulations concernent environ 400 vols sur mai-juin, soit moins de 2% du programme de vols sur cette période. Bien que le pourcentage soit limité, l’impact sur les voyageurs pourrait être significatif, notamment pour les destinations les moins rentables qui sont les premières visées par ces suppressions.
Les clients concernés sont informés individuellement par SMS et courrier électronique et peuvent bénéficier, selon leur choix, d’un report sans frais, d’un avoir ou d’un remboursement intégral de leur billet. Pour la majorité des vols annulés, une solution de report dans les vingt-quatre heures est proposée, mais la capacité disponible sur les vols alternatifs reste limitée en raison de la forte demande.
Ryanair alerte sur juin
Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, a lancé une alerte sérieuse le 22 avril 2026 lors d’une conférence de presse.« Pour l’instant, les compagnies pétrolières disent qu’il n’y aura pas de risques d’approvisionnement pour le mois de mai, mais pour juin nous n’en sommes pas sûrs », a-t-il déclaré au quotidien italien Il Sole 24 Ore. La guerre a déjà coûté 50 M$ (45 M€) supplémentaires à Ryanair pour le seul mois d’avril. Si le conflit perdure et que le prix reste à 150 $ (135 €) le baril, le surcoût pourrait atteindre 600 M$ (542 M€) d’ici un an.
En cas de tension durable, la compagnie pourrait réduire jusqu’à 10% de ses vols entre mai et juillet 2026. Le patron de Ryanair a également prédit que si les prix restent à 150 $ le baril, deux ou trois compagnies européennes pourraient faire faillite à l’automne, citant explicitement Wizz Air et Air Baltic. « C’est une bonne chose pour notre activité, car il y aura moins de concurrents », s’est-il félicité, cédant à son habituel goût de la provocation. Le dirigeant irlandais a en outre précisé que si le vol est annulé faute de carburant disponible à l’aéroport, cela constituerait des circonstances extraordinaires excluant l’indemnisation mais pas le remboursement du billet.
Volotea et EasyJet
Volotea a annulé plusieurs dizaines de vols programmés pour les mois d’avril et mai 2026, touchant principalement les liaisons entre la France continentale et la Corse. Parmi les rotations supprimées figurent notamment onze vols entre Caen et Ajaccio et autant depuis Brest, ainsi que plusieurs vols entre Paris ou Bordeaux et Bastia. Des passagers qui avaient réservé leurs billets depuis plusieurs semaines se retrouvent sans solution à quelques jours du départ. Ils peuvent, précise la compagnie, bénéficier d’une modification sans frais ou d’un remboursement intégral.
A noter que la “lowcost” espagnole a mis en place ce qu’elle appelle un « Fair Travel Promise » (Engagement de Voyage Équitable), soumettant le montant de la surcharge carburant au prix du baril de Brent sept jours avant le départ. Ainsi, celle-ci peut atteindre 14 €… mais peut donner lieu à un remboursement si les cours s’effondrent. Une perspective pas vraiment à l’ordre du jour.
EasyJet, quant à elle, a confirmé l’annulation de certains vols, mais ces suppressions n’ont pas été précisée par la compagnie britannique qui promet qu’elles ne seront pas “massives”. Comme Ryanair, la compagnie britannique s’engage par ailleurs à ne pas pratiquer de surcharges carburant.
Air France dans l’expectative, Lufthansa proactive
Air France a procédé à des hausses de tarifs à deux reprises en un mois plutôt que d’annoncer des annulations massives pour l’instant. Elle a également prolongé les suspensions de vols vers Dubaï, Riyad, Tel Aviv et Beyrouth jusqu’à début mai 2026. Selon plusieurs sources, la compagnie pourrait être amenée à réduire son programme si la situation perdure.
Lufthansa est l’une des compagnies à prendre les mesures les plus drastiques face à la crise. Ses surcharges atteignent des records, ce qui n’exclut pourtant pas des annulations importantes : 20.000 vols, principalement des court-courriers, jusqu’au mois d’octobre. Ces suppressions concernent des liaisons régionales européennes, notamment en Pologne et en Norvège.
Stocks stratégiques à la rescousse ?
A l’approche de la période de forte activité aérienne estivale, le gouvernement français a annoncé qu’il pourrait libérer une partie de ses stocks stratégiques de kérosène en cas de « problèmes de volume ». Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, a déclaré le 19 avril 2026 sur BFMTV que la France disposait « d’environ une centaine de jours de disponibilité de carburant » qui pourraient être mobilisés si nécessaire (durée confirmée ce 28 avril par le ministre de l’Economie Roalnd Lescure sur France Inter).
Cependant, « ces stocks stratégiques sont initialement là pour pallier des problèmes de volume et non pas des problèmes de prix », a précisé Maud Bregeon. Cette annonce vise à rassurer le secteur aérien et les voyageurs, mais elle soulève aussi des questions sur la durabilité d’une telle mesure si le conflit au Moyen-Orient se prolonge plusieurs mois. Les autorités françaises ont également indiqué qu’elles avaient autorisé des raffineries françaises à augmenter le raffinage pour compenser partiellement la baisse des importations.
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