
La passation s’est effectuée sans heurts. Aux Antilles-Guyane, la gouvernance repose sur un principe de rotation entre territoires tous les trois ans. Après la Guadeloupe avec Valérie Ambroise (Couleurs Caraïbes), « c’était le tour de la Martinique », rappelle Brice Nayaradou. Seul candidat en lice, il insiste toutefois sur la dimension collective du mandat. « C’est une présidence très collégiale. Le bureau est pleinement impliqué, c’est un travail d’équipe. »
Mieux quantifier l’impact des agences de voyages
Parmi les priorités affichées figure la structuration des EdV Antilles/Guyane. Un chantier déjà amorcé, mais qui reste à consolider. En ligne de mire, un enjeu central : la production de données fiables. « Nous avons encore des difficultés à obtenir des remontées de chiffres. Il est très difficile de faire valoir notre poids économique », souligne le nouveau président. Un travail est mené avec les EdV nationaux pour développer des outils de collecte via les logiciels de gestion. Objectif : quantifier le volume d’affaires et mesurer l’impact réel des agences sur l’économie locale.
Car ce déficit de lisibilité pénalise la profession. « Les décideurs politiques ont parfois du mal à comprendre ce qu’est une agence de voyages et quel est son rôle. Ils confondent les métiers. Pourtant notre contribution économique est majeure », insiste Brice Nayaradou.
La croisière, un levier économique majeur aux Antilles
L’exemple de la croisière est révélateur. Les Antilles françaises figurent parmi les marchés les plus dynamiques au monde en termes de consommation. « Le taux de pénétration est d’environ 10%, contre moins de 1% en métropole », précise Brice Nayaradou. Bonne nouvelle pour la région, en raison de la guerre au Moyen-Orient, le MSC World Europa, initialement programmé au départ de Dubaï, sera finalement repositionné à Fort-de-France pour la saison hivernale. « Agences, compagnies aériennes, excursionnistes…, c’est une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie », affirme Brice Nayaradou.
C’est la première fois que le MSC World Europa, propulsé au GNL, sillonnera les eaux des Caraïbes. Il opérera entre décembre 2026 et mars 2027, avec « des réservations déjà bien engagées ».
Vente directe et concurrence digitale : un équilibre fragile
Sur le plan aérien, les relations avec les compagnies restent « franches », mais non dénuées de tensions. Les pratiques de ventes directes, notamment via les promotions lancées le vendredi soir lorsque les agences sont fermées, font partie des sujets sensibles. Malgré tout, les agences antillaises conservent une position solide. « Nous avons encore un taux de vente en agence élevé, notamment sur le billet d’avion. Le digital progresse, mais nous résistons mieux qu’en métropole », affirme le patron de Nayaradou Voyages (réseau Tourcom).
Le principal point d’alerte concerne la hausse des prix, en particulier sur les liaisons avec Paris. « On commence à observer un ralentissement lié aux surcharges et à l’augmentation des tarifs », concède Brice Nayaradou. Néanmoins, et contrairement à la métropole, les agences antillaises et guyanaises apparaissent relativement épargnées par le contexte géopolitique récent. « Ces zones ne représentent pas le cœur de notre activité. Nous sommes davantage tournés vers la Caraïbe et les États-Unis », poursuit le dirigeant.
Pour renforcer la compétitivité des EdV Antilles/Guyane (26 agences au total), Brice Nayaradou identifie deux axes majeurs : la digitalisation et la formation. « Nous devons continuer à moderniser nos outils et nos pratiques. Mais il y a aussi un vrai enjeu de recrutement », explqiue-t-il. Le secteur fait face à des difficultés pour attirer de nouveaux profils. Le président encourage ainsi un recours plus large aux dispositifs de formation et aux financements disponibles via les OPCO, encore sous-utilisés selon lui.
Mieux prendre en compte les spécificités ultramarines
Enfin, le nouveau président insiste sur la nécessité de mieux faire reconnaître les particularités ultramarines au niveau national. « Nous partageons certaines problématiques avec la métropole, mais nous en avons aussi de très spécifiques, liées à l’insularité, aux coûts de transport ou encore à la structure du marché ». Un travail de pédagogie reste nécessaire, en lien avec les instances nationales, afin d’adapter les politiques aux réalités locales.
Une convention à bord du Costa Smeralda le mois prochain
Ces enjeux seront notamment au cœur des échanges de la prochaine convention des Entreprises du Voyage Antilles/Guyane. Elle se tiendra à bord du Costa Smeralda, au départ de Marseille, du 17 au 21 mai.
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