
À quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe du monde aux États-Unis, au Mexique et au Canada, l’enthousiasme initial a progressivement laissé place à toute une série de polémiques.
Tout a commencé avec les conditions d’entrée sur le sol américain. Le 8 février dernier, l’administration Trump a envisagé d’exiger des voyageurs la communication de leurs identifiants de réseaux sociaux ainsi que des numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années. Ces informations devraient être renseignées dans le système électronique d’autorisation de voyage (ESTA), obligatoire pour les ressortissants dispensés de visa entrant aux États-Unis, et dont le prix a par ailleurs doublé.
L’ESTA durci
Présentées comme un renforcement des contrôles sécuritaires à l’approche de grands événements, ces mesures suscitent des inquiétudes dans le secteur touristique, en raison des contraintes supplémentaires imposées aux voyageurs. Le non-respect de ces obligations lors de la demande pourrait entraîner un refus d’entrée sur le territoire.
Le casse-tête des déplacements dans le Grand New York
Autre point de crispation, la gestion des déplacements, notamment autour du MetLife Stadium, dans le Grand New York. Celui-ci accueillera plusieurs rencontre majeures, dont la finale prévue le 19 juillet prochain. Malgré ses 28 000 places de parking, le stationnement y sera quasiment interdit pour des raisons de sécurité. Conséquence : les supporters devront privilégier les transports en commun, en particulier ceux de New Jersey Transit. Problème, pour seulement une trentaine de kilomètres, le prix du billet spécial atteint 150 dollars aller-retour (près de 130 euros), contre environ 12,90 dollars (11 euros) habituellement. Une multiplication par plus de dix qui suscite colère et incompréhension.
Tensions entre la FIFA et les autorités du New Jersey
La situation a dégénéré en conflit ouvert entre la FIFA, l’organisateur de la compétition, et les autorités locales. La gouverneure du New Jersey, Mikie Sherrill, dénonce un accord déséquilibré. Selon elle, l’État doit assumer une facture de 48 millions de dollars pour sécuriser le transport de 40 000 supporters par match, sans contribution de la FIFA. Refusant de faire peser ce coût sur les contribuables, les autorités le répercutent directement sur les fans.
Si quelques places de parking aux abords du stade sont disponibles pour les personnes handicapées, elles sont facturées à 225 dollars l’unité.
Le traitement réservé aux supporters en situation de handicap constitue un autre point de crispation. Alors que la FIFA met en avant ses ambitions inclusives, la réalité tarifaire interroge. Aucun billet n’est proposé dans la catégorie la plus accessible, aux alentours de 50 euros, et, contrairement à l’édition précédente au Qatar, les accompagnants ne bénéficient plus de gratuité.
Selon la presse anglaise, au AT&T Stadium à Arlington au Texas, les supporters en fauteuil roulant devront débourser au minimum 198 livres (230 euros), et, autant pour leur accompagnant. Résultat, une facture de 396 livres (460 euros), soit près de 50 fois plus qu’au Qatar, où ces billets coûtaient environ 8 livres (10 euros) avec accompagnant gratuit. Une hausse vertigineuse de 4 900%, qui soulève de sérieuses questions sur l’équité d’accès à la compétition.
Un Mondial de plus en plus coûteux pour les supporters français
Pour les supporters français, assister aux matchs de l’équipe nationale relève désormais d’un investissement conséquent. Selon une récente étude de BetFirst, suivre les trois matchs de groupe de l’équipe de Équipe de France (contre le Sénégal, l’Irak et la Norvège) coûtera en moyenne 4 800 euros par personne. Ce budget inclut les vols, les billets, l’hébergement et les dépenses sur place pour un itinéraire passant par le New Jersey, Philadelphie et Boston. À titre de comparaison, cela représente près de trois mois de salaire au niveau du Smic.
Le coût des transports pèse lourd dans cette addition, avec plus de 17 000 kilomètres parcourus en avion. À cela s’ajoutent des hébergements très chers (jusqu’à 630 euros la nuit près du MetLife Stadium) et des billets oscillant entre 371 et 432 euros pour des places standard. Même les dépenses annexes grimpent : nourriture, boissons, déplacements locaux… tout participe à alourdir la facture.
Une Coupe du monde de plus en plus exclusive
Au-delà des chiffres, ces dérives interrogent sur la philosophie même de la compétition. Entre inflation généralisée, complexité logistique et décisions contestées, l’accès aux stades semble réservé à une minorité de supporters.
Alors que la FIFA table sur plus de 11 milliards de dollars de revenus pour cette édition, le contraste est frappant. Jamais une Coupe du monde n’a semblé aussi rentable… ni aussi difficile d’accès.
Si les autorités de villes comme New York, Boston ou Philadelphie anticipent un afflux massif de visiteurs et d’importantes retombées économiques, le niveau des prix a néanmoins changer la donne. Certains supporters ont déjà renoncé ou pourraient renoncer au déplacement, pour se contenter de suivre la compétition à… la télévision.
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