
C’est dans un climat de détermination, mâtiné d’une prudence de rigueur, que la direction d’Air Caraïbes s’est exprimée ce lundi 4 mai. Paul-Henri Dubreuil, président de la compagnie, accompagné de Muriel Assouline, directrice générale d’Air Caraïbes Atlantique et de Grégory Jamet, directeur général du groupe Dubreuil, a officialisé une étape majeure de la stratégie transatlantique du groupe : le déploiement de l’Airbus A350-900 sur la liaison Paris-Saint-Martin-Juliana.
Séduire une clientèle premium
Air Caraïbes avait réouvert cette ligne en décembre dernier. Liaison phare de la compagnie, elle avait été suspendue en décembre 2022, la compagnie invoquant des conditions de marché défavorables et un manque de rentabilité. En 2026, la compagnie devient la première à poser un Airbus A350-900 sur la piste de l’aéroport de Juliana – un terrain pourtant réputé pour son exigence technique, en raison d’une piste courte et d’un environnement montagneux.
Mais ce choix n’est pas seulement symbolique : l’A350-900, configuré en trois classes pour une capacité de 389 sièges, répond à une cible spécifique. Il permet non seulement une montée en gamme pour une clientèle jugée « premium », mais aussi une optimisation opérationnelle cruciale. L’appareil consomme 25% de carburant en moins par passager par rapport aux générations précédentes d’Airbus. L’occasion donc, malgré le coût du leasing, d’économiser sur le kérosène – un enjeu de taille ces derniers mois, mais également de répondre aux exigences d’une clientèle de prestige. Face à un Air France dynamique, Air Caraïbes mise sur le confort de sa classe Madras pour s’imposer.
Air Antilles, une « aberration économique »
Cette ambition sur le long-courrier contraste toutefois avec l’état sinistré du réseau régional. Les dirigeants ont inévitablement abordé la liquidation judiciaire d’Air Antilles, prononcée le 27 avril dernier par le tribunal de Ponte-à-Pitre. « Ce qui est un peu fou, c’est le gaspillage d’argent public sur ce dossier », a fustigé Paul-Henri Dubreuil, qualifiant la situation d’« aberration économique ».
La disparition de ce concurrent laisse Air Caraïbes en position de force, voire de monopole sur certains axes, bien que la direction s’en défende en invoquant la fragilité structurelle du modèle ATR. Selon le groupe, les taxes territoriales représentent parfois la moitié du prix d’un billet régional, rendant l’exploitation quasi-impossible sans l’adossement à une structure long-courrier. Mais de condamner : « Ce dossier-là est une catastrophe pour le territoire de Saint-Martin », a martelé Paul-Henri Dubreuil, déplorant que 25 millions d’euros publics aient été « brûlés » au lieu d’être investis dans la continuité territoriale.
Passer l’orage
Mais la priorité du dirigeant, « c’est la pérennité ». Dans un contexte « très compliqué », Paul-Henri Dubreuil essaie seulement « de passer ce violent orage ». Le contexte géopolitique mondial continue de peser sur le secteur, et sur les perspectives de l’année 2026. La guerre au Moyen-Orient a provoqué un séisme sur le marché du pétrole et le prix du kérosène. Si le groupe Dubreuil se félicite d’avoir une stratégie de couverture sur 70% de ses besoins, les « 30% qui restent font très mal », concède-t-on.
Cette instabilité a forcé la compagnie à appliquer deux vagues de surcharge carburant en mars dernier, atteignant 400 euros l’aller-retour en classe Affaires. Malgré cela, la direction anticipe une érosion de ses marges. « On y laissera un peu de gomme en termes de résultats cette année », admet Paul-Henri Dubreuil. Plus inquiétant encore, l’approvisionnement pour l’été continue de susciter des craintes au sein de l’industrie. « Notre demande principale c’est d’avoir du kérosène cet été », a rappelé le directeur. « C’est une ressource vitale pour les compagnies aériennes ».
Ce mercredi 6 mai, Philippe Tabarot, ministre des Transports, et Roland Lescure, ministre de l’économie, recevront les compagnies aériennes françaises. Air Caraïbes – le groupe Dubreuil au global – a l’intention d’y être. « Ce qui est important pour nous, c’est d’avoir une vision », martèle le dirigeant, qui condamne à demi-mot un discours « anxiogène », et espère savoir s’il y aura « des restrictions d’approvisionnement de kérosène » en juillet et en août.
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Air Caraïbes déploie l’A350 sur Saint-Martin dans un ciel antillais en pleine recomposition
