Crise du kérosène : le plan du gouvernement pour soulager l’aérien et protéger les voyageurs​Margot Ladiray

Face à l’explosion du prix du kérosène provoquée par la crise géopolitique, le gouvernement et les acteurs de l’aérien réorganisent le plan de vol du secteur. Si l’État refuse fermement tout allègement fiscal, il déploie des mesures de flexibilité opérationnelle et interdit aux compagnies d’appliquer des surcharges tarifaires rétroactives aux voyageurs.
 
Frappées de plein fouet par la crise géopolitique et l’envolée des prix du carburant, les compagnies aériennes naviguent en zone de fortes turbulences. Si la sécurité des approvisionnements est garantie pour les mois à venir, l’exécutif déploie des mesures d’urgence pour alléger la pression opérationnelle et trace une ligne rouge stricte sur la protection tarifaire des voyageurs. Lors d’une réunion qui regroupait plusieurs membres du gouvernement, des compagnies aériennes et énergéticiens, Philippe Tabarot a rappelé qu’historiquement, 20% du kérosène consommé dans les aéroports français provient du Golfe Persique. Avec le bouleversement récent des chaînes logistiques, les prix se sont envolés. Ce poste de dépense, qui pesait environ 25% des coûts d’exploitation des compagnies avant la crise, frôle aujourd’hui la barre critique des 45%. 
 
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Pourtant, le spectre d’une pénurie s’éloigne. « Ni en mars, ni en avril, ni en mai, on n’a manqué de kérosène, alors qu’il manquait 20% de ce qu’on importe d’habitude. Pourquoi ? Parce qu’on est allé le chercher ailleurs », a détaillé Roland Lescure, ministre délégué à l’Industrie et à l’Énergie, évoquant des importations massives depuis les États-Unis et l’Asie. À court et moyen terme, l’État se veut rassurant sur ses marges de manœuvre. « On a à la fois la ceinture, puisque tout se passe bien et qu’on a réussi à s’adapter, et les bretelles, c’est-à-dire les stocks stratégiques », a-t-il illustré, précisant que ces réserves nationales n’ont pour l’instant pas « du tout » été entamées pour le kérosène.

De l’oxygène opérationnel plutôt qu’un allègement fiscal

Pour accompagner les compagnies, le gouvernement a catégoriquement écarté toute refonte structurelle de la fiscalité. Les demandes du secteur concernant un aménagement de la Taxe de Solidarité sur les Billets d’Avion (TSBA) ou de la TVA resteront lettre morte. « L’État ne s’enrichit pas sur cette crise, il fait au contraire face à des dépenses supplémentaires », a justifié Roland Lescure. L’exécutif juge qu’une baisse généralisée des taxes serait inéquitable face à des compagnies inégalement exposées. « Une mesure générale coûterait beaucoup d’argent et serait sans doute peu efficace », a tranché le ministre, préférant orienter l’aide vers des reports de charges sociales ou fiscales ciblés.
 
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En contrepartie, la réponse publique se concentre sur l’optimisation des opérations. Une offensive est en cours à Bruxelles pour instaurer plus de flexibilité sur l’utilisation des créneaux horaires. L’objectif est d’autoriser les compagnies à réduire leurs plans de vol sans risquer de perdre leurs droits d’atterrissage l’année suivante, évitant ainsi le maintien de vols à vide. S’y ajoutent une révision prochaine des règles européennes encadrant les volumes de carburant embarqué, ainsi que l’autorisation technique de recourir au Jet Fuel A.

La France autorise le survol de 6 pays du Golfe

En parallèle, la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) a acté la levée de plusieurs NOTAM (restrictions de survol) liés aux zones de conflit, rouvrant ainsi le ciel de six pays du Golfe et partiellement celui des Émirats arabes unis. Une décision prise sur des critères stricts de sécurité, qui redonne une capacité immédiate aux transporteurs pour optimiser leurs routes et réduire leur consommation kilométrique.

Ligne rouge sur les surcharges rétroactives

La question centrale reste celle de la répercussion de cette inflation sur le voyageur. Si une hausse générale des tarifs est inévitable pour les réservations à venir, le gouvernement a fermement recadré les pratiques de rétroactivité. La récente initiative de la compagnie Volotea, tentant d’imposer une surcharge liée au kérosène sur des billets déjà réglés, a provoqué un véritable tollé. « Quand le billet est acheté et que la transaction a été réalisée, il ne faut pas revenir sur cet accord », a martelé Philippe Tabarot. Une ligne de conduite appuyée par le secrétaire d’État Serge Papin, intraitable sur le sujet : « Le prix est ferme, on ne peut pas arguer de surcharges de carburant, ça n’existe pas. »

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La répression des fraudes et la DGAC ont d’ailleurs été mandatées pour surveiller ces dérives de près. Malgré ces turbulences, les signaux restent au vert pour la haute saison. Saluant un effort collectif de modération tarifaire, le gouvernement a confirmé que les carnets de commandes estivaux affichent quasi-complet, avec des liaisons sanctuarisées vers les Outre-mer et la Corse. Au-delà de la saison estivale, c’est la viabilité même du modèle économique des compagnies qui sera mise à l’épreuve si cette crise énergétique venait à s’installer dans la durée…

 

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