
Autour de la table figuraient, ce mercredi, les principales compagnies qui desservent la France, des gestionnaires d’aéroports, les fédérations professionnelles du secteur et des énergéticiens. Philippe Tabarot, ministre des Transports, Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Serge Papin, ministre du Tourisme, ont tenté de répondre à une question centrale : les compagnies auront-elles assez de carburant pour assurer leurs vols cet été ?
Pas de risque de pénurie de kérosène, assure le gouvernement
La réponse du gouvernement se veut nette. Il n’y a pas, à ce stade, de risque identifié de pénurie, sachant que 20% du kérosène utilisé par les aéroports français viennent des pays du Golfe. Selon Roland Lescure, la France n’a manqué de kérosène « ni en mars, ni en avril, ni en mai », malgré la baisse des approvisionnements en provenance du Golfe. Les énergéticiens ont compensé en important davantage depuis les États-Unis et l’Asie, et en augmentant les capacités de raffinage. Résultat, a résumé le ministre : « A priori, il n’y a aucune crainte pour les mois qui viennent. »
L’enjeu est considérable pour les compagnies. Philippe Tabarot l’a rappelé : certaines réalisent jusqu’à 70% de leur chiffre d’affaires sur les deux mois, ou deux mois et demi, de l’été. La saison estivale est donc bien plus qu’un pic d’activité. Elle conditionne une partie de leur équilibre économique. Elle pèse aussi lourd pour l’ensemble de la chaîne touristique, alors que la France compte sur l’arrivée de visiteurs étrangers et sur les départs des Français.
Aides à la trésorerie
Le choc reste pourtant violent. En temps normal, le carburant représente environ 25% des coûts d’exploitation des compagnies. Depuis le début de la crise, cette part atteint au moins 45%, selon le gouvernement. Mais l’exécutif ne veut pas ouvrir la voie à une aide générale – et exclut également un plafonnement du prix du kérosène.
Les compagnies pourront, en revanche, solliciter des mesures de trésorerie déjà disponibles pour d’autres acteurs du transport – des reports de charges sociales ou fiscales, ou un appui de Bpifrance. Le gouvernement assume cette réponse ciblée, estimant que les transporteurs ne sont pas tous exposés de la même manière, selon leur taille, leur politique de couverture, leur réseau ou leur dépendance au carburant.
Les compagnies seront toutefois assurées de ne pas perdre leurs slots en cas de réduction de leur plan de vol. La demande a été relayée auprès de la Commission européenne, et Philippe Tabarot estime qu’un accord pourrait intervenir « dans les jours qui viennent ».
« Les cas d’annulation sont pour l’instant assez exceptionnels »
Le gouvernement a par ailleurs tenu à rassurer les voyageurs sur les programmes de vols, et rappeler que les annulations restent pour le moment limitées : Transavia prévoit 2% d’annulations entre mai et juin. Volotea est à 1% de vols annulés ou susceptibles de l’être entre avril et juin. Air France n’a, elle, pas annoncé d’annulations potentielles. « Les cas d’annulation sont pour l’instant assez exceptionnels », a insisté Philippe Tabarot.
Pour l’été, Serge Papin se veut encore plus affirmatif. « Aucune annulation n’est prévue pour la période estivale », a déclaré le ministre chargé du Tourisme, en s’appuyant sur les informations transmises par les compagnies. Les réservations seraient, elles aussi, bien orientées.
« On ne peut pas arguer de surcharges de carburant »
L’exécutif a néanmoins tenu à rappeler les règles du jeu, notamment après la polémique autour de Volotea et d’éventuelles surcharges carburant. Pour Philippe Tabarot, lorsqu’un billet est acheté et que la transaction est réalisée, « il ne faut pas revenir sur cet accord ». Serge Papin a été tout aussi clair : « Le prix est ferme. On ne peut pas arguer de surcharges de carburant. » Et en cas d’annulation, les droits des passagers restent inchangés. Remboursement sous sept jours, réacheminement rapide ou différé, selon le choix du passager. Si l’annulation intervient moins de quinze jours avant le départ, une indemnisation supplémentaire est due. La DGAC et la DGCCRF seront chargées de contrôler le respect de ces obligations.
Sur les prix, en revanche, l’exécutif ne promet pas de gel. Philippe Tabarot reconnaît que des hausses tarifaires auront probablement lieu. Mais il dit avoir demandé aux compagnies de ne pas répercuter entièrement la hausse du kérosène sur les passagers.
Pour le tourisme, le message reste donc celui d’un été sous surveillance, mais sans alerte immédiate. « Je pense que nous allons faire une bonne saison touristique », a assuré Serge Papin. La France espère maintenir son rang de première destination mondiale – à condition que la crise du kérosène reste un défi logistique, et ne devienne pas un motif d’inquiétude pour les voyageurs.
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