
Le trafic passagers dans les aéroports européens a enregistré une baisse de 0,7% en avril 2026 par rapport au même mois de l’année précédente, selon le rapport d’ACI Europe (Airports Council International). Un recul qui constitue un événement inédit : il s’agit de la première diminution d’une année sur l’autre depuis le début de la reprise post-Covid, amorcée en avril 2021.
Et la dégradation du trafic global masque de profondes disparités géographiques. Au sein de la « zone EU+ », qui regroupe les pays de l’Union européenne, de l’Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni, la croissance s’est maintenue à +0,6%, portée par une progression de +1,4% pour les seuls aéroports de l’UE. C’est la sphère extérieure à cette zone qui concentre l’essentiel de la chute, avec une contraction de -7,6%.
Ce décrochage reflète en grande partie les conséquences du conflit au Moyen-Orient, qui pèse directement sur les marchés qui lui sont fortement exposés. Les aéroports israéliens accusent une perte de trafic de 73,4%. La Turquie recule de 5,1%, la Géorgie de 16,3% et l’Azerbaïdjan de 12,9%. À l’inverse, plusieurs marchés plus modestes situés à l’ouest de cette zone tirent leur épingle du jeu, à l’image de l’Albanie (+25,3%), de la Macédoine du Nord (+30,6%) et de la Moldavie (+24,6%).
De fortes divergences au sein même de l’Europe
Au sein de la zone EU+, les écarts de performance restent marqués. L’Espagne (+3,7%) et l’Italie (+2,2%) affichent les progressions les plus solides, tandis que l’Allemagne enregistre le repli le plus sévère avec -8,5%. Ce résultat s’explique en partie par les mouvements sociaux qui ont affecté le marché allemand pendant 7 jours au cours du mois d’avril, paralysant notamment les hubs de Munich (-16,4%) et de Francfort (-11%). Le Royaume-Uni recule de 2,1% et la France de 0,9%.
Parmi les grandes plateformes mondiales, seuls Barcelone (+4,1%), Madrid (+3,3%) et Amsterdam-Schiphol (+2,7%) parviennent à maintenir une dynamique positive. Les aéroports d’Istanbul Airport (-6,8%) et de Sabiha Gökçen (-3,4%) subissent les effets de la crise régionale, tandis que Paris-CDG affiche une croissance nulle à 0%.
Les aéroports régionaux résistent mieux
La structure même du réseau aéroportuaire explique en partie les écarts observés selon la taille des infrastructures. Les grands hubs internationaux concentrent l’essentiel de la connectivité vers le Moyen-Orient et se trouvent donc en première ligne. Les aéroports dits « majeurs » reculent de 3,5% en moyenne, quand les aéroports de taille moyenne, dont le réseau est principalement orienté vers les liaisons intra-européennes, progressent de 2,1%. Les plus petits aéroports, moins exposés aux fluctuations mondiales et soutenus par le maintien des capacités des compagnies à bas coûts, affichent quant à eux une hausse de 5,5%. Ces derniers demeurent toutefois à -27,7% par rapport à leurs niveaux d’avant la pandémie de 2019.
Comme le rappelle ACI, au-delà de la dimension géopolitique, deux facteurs calendaires et sociaux ont accentué le recul observé en avril. Le décalage partiel des vacances de Pâques en mars 2026, selon les zones scolaires, a réduit mécaniquement le volume de voyageurs habituellement enregistré en avril. Les perturbations sociales au sein du groupe Lufthansa, avec 7 jours de grèves cumulées touchant les personnels navigants et les pilotes, ont par ailleurs lourdement pesé sur les statistiques allemandes et sur la moyenne continentale.
Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, déclare : « avril marque un point d’inflexion clair pour le trafic aérien européen. Si nous observions déjà une normalisation de la croissance après le fort rebond post-pandémique, l’instabilité géopolitique pèse désormais davantage sur la croissance et expose des différences de performance significatives entre les marchés. »
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