
Il faut bien l’avouer : quand Corsair propose de tester sa Business class à destination de La Réunion, on ne consulte pas longuement son agenda. On répond « présent », on vérifie qu’on a bien son passeport et sa crème solaire, et c’est parti.
Car Corsair n’est plus la compagnie de charter un peu poussiéreuse que certains imaginent encore. Pascal de Izaguirre, son PDG, a engagé une transformation de fond, dont l’objectif est rien moins qu’une montée en gamme à marche forcée, assez, en tout cas pour qu’elle devienne selon lui “une alternative qualitative et crédible pour les voyageurs professionnels”. C’est l’occasion de vérifier in situ.
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Lundi, 21h00, Orly : on s’échappe
La valise roucoule sur le carrelage d’Orly. Les files Business dédiées à l’enregistrement et aux contrôles font le reste : en quelques minutes, on est côté piste, où les aéronefs Corsair offrent quelques touches de bleu au milieu de la verte forêt Transavia qui recouvre le tarmac.
Le salon Extime Lounge (que Corsair partage ici avec Air Algérie, Air Caraïbes, French Bee et La Compagnie) est fonctionnel, sans prétention excessive mais non dépourvu d’une certaine élégance. On y trouve de quoi grignoter, remplir une coupe, se poser, et surtout accéder à Corsair Le Kiosk : une bibliothèque de presse digitale qui permet de télécharger gratuitement des centaines de titres français et internationaux sur son téléphone ou sa tablette.

À 21h00, l’A330neo s’arrache de la piste. Le voyage commence.
La cabine : génération néo
L’avion, d’abord. Corsair a fait le choix radical d’une flotte 100 % Airbus A330neo, renouvelée intégralement en trois ans. Résultat : une moyenne d’âge de 2 ans et demi seulement pour les 9 appareils de la compagnie. 15 % de carburant et 60 % de bruit en moins par rapport aux générations précédentes. En cabine, ça se ressent immédiatement : c’est silencieux, lumineux. Quand le PDG déjà cité dit qu’« on est absolument sûr et certain du produit et de la cabine que l’on va avoir », il ne bluffe pas.
Le siège Business se déploie en lit entièrement à plat. Couette, oreiller, surmatelas d’inspiration hôtelière : la compagnie a visiblement décidé que le manque de sommeil ne serait plus une fatalité à 35.000 pieds. Le mood lighting de l’A330neo accompagne en douceur la transition vers le repos, simulant un coucher de soleil artificiel mais efficace. La trousse Payot, le casque à réduction de bruit, les prises USB et secteur au niveau du siège : rien ne manque. On a vu des chambres d’hôtel moins bien équipées.

À table : épices créoles
Mais il n’est pas encore temps de dormir. Le service repas arrive peu après le décollage, en trois temps, sans précipitation. En entrée ce soir : une jolie tranche de foie gras. Une mise en bouche aux accents bien plus périgourdins que créoles, ce sera pour la suite que Corsair dressera son ancrage géographique dans l’assiette.
En effet, pour le plat, j’ai opté pour la joue de bœuf aux épices créoles, lentilles aux oignons et curcuma, pickles d’oignons et carottes. Un plat mijoté, généreux, qui convoque sans hésiter les saveurs de l’océan Indien. Les autres options du soir ? Un filet de légine rôti en sauce coco tomatée, écrasé de patate douce et duo de courgette-chou kale, et un médaillon de confit de canard à l’orange épicée, gratin de pommes de terre, butternut et tomates cerises rôties – ce sera pour le retour.

Le fromage est à signaler : le Piton Maido, fromage local réunionnais, trône aux côtés du brie et de la papaye confite. Un clin d’oeil au terroir qui ne manque pas d’allure. La carte des vins, élaborée par Antoine Petrus, Meilleur Ouvrier Sommelier de France, propose le Whispering Angel, un Saint-Émilion Grand Cru – qu’on conseille vivement – et le champagne Laurent-Perrier. Un service bar est disponible pendant toute la durée du vol, ce qui est, disons, une information précieuse.
Un conseil pratique à ne pas ignorer : précommander son plat au moins 48h à l’avance sur flycorsair.com. La compagnie ne prépare que les quantités nécessaires – logique anti-gaspillage louable, mais qui peut laisser les négligents sans joue de bœuf.
Le mystère de la bande passante
Sur la connectivité : les passagers Business bénéficient d’une heure de connexion Wi-Fi offerte. Au-delà, comptez 25 euros pour un pack complet. Un speaker de la compagnie nous explique ce parti pris commercial : si le Wi-Fi était gratuit et illimité, l’ensemble de la bande passante serait instantanément happé par des gens qui regardent des séries, au détriment des professionnels qui ont des mails urgents à envoyer. C’est logique. Ça peut être frustrant. Mais c’est logique.
Le catalogue de divertissement, lui, est bien fourni. Et surtout – détail qui vaut son pesant d’or pour quiconque a déjà sous-titré mentalement un blockbuster américain à 3h du matin – la version française est systématiquement proposée pour la grande majorité des programmes. Corsair pense à nous.
Pour notre part c’est en VO qu’on s’est jeté dans les bras de Morphée et la nuit fut bonne. La “literie” tient sa promesse. Un regret : le block dans lequel elle est insérée laisse peu d’espace de rangement à nos effets personnels. Ce qui ne nous empêche pas de dormir.
Le commandant de bord a annoncé la descente, alors que je termine mes œufs bénédictine, accompagné de muesli, de deux tranches d’orange, et de deux croissants. Il a également présenté ses excuses pour les turbulences traversées durant le trajet. Quelles turbulences ? Ah oui, la literie est de qualité. Il est 10h30, l’A330neo touche le sol réunionnais.
Jeudi 21h30, nouveau salon et canard à l’orange
Sur le retour, Corsair nous fait profiter de son salon inauguré en avril dernier à l’aéroport de Saint-Denis, baptisé Roland Garros, et c’est de la balle. Il porte la signature Corsair et témoigne de l’investissement réel de la compagnie sur son marché réunionnais historique – Pascal de Izaguirre n’hésite pas à citer Baudelaire – “luxe, calme et volupté” – pour l’évoquer.


Ce soir au dîner, un tartare de marlin fumé et poivron, gelée de coco et betterave, pickle d’ananas à la vanille pour commencer, puis place au médaillon de confit de canard à l’orange épicée qui nous avait fait de l’œil à l’aller. Belle exécution, caractère affirmé. Le Piton Maido est toujours là, fidèle au poste.

L’A330neo avait décollé de Saint-Denis à 21h30 le jeudi, il pose ses roues à Orly le vendredi à 7h25. Entre temps, après m’être délecté du multi-césarisé Inconnu de la Grande Arche, j’ai pris le temps de revoir L’Étrange Histoire de Benjamin Button. Et, à l’image du personnage saugrenu, siège full-flat, surmatelas hôtelier, mood lighting et verre de Saint-Émilion aidant, je me suis senti presque plus jeune à l’arrivée qu’au départ.
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