
L’hébergement reste, de loin, le premier poste de dépenses du voyage d’affaires. Selon le Business Travel Index de la GBTA, les professionnels en déplacement consacrent chaque année 461 milliards de dollars (environ 424 milliards d’euros) en nuitées d’hôtel à travers le monde. Un poids financier considérable, qui place la gestion des programmes hôteliers au cœur des préoccupations des acheteurs voyages.
Pour la deuxième année, la GBTA (Global Business Travel Association), en partenariat avec Radisson Hotel Group, a interrogé 258 travel managers principalement basés aux États-Unis, au Canada et en Europe, entre le 20 avril et le 13 mai 2026. Cette deuxième édition documente l’évolution des pratiques depuis le premier baromètre de 2025. Le tableau qui en ressort est celui d’une profession sous pression multiple : hausse des coûts, imprévisibilité des marchés, adoption de l’intelligence artificielle et fragilité persistante de la conformité aux programmes négociés.
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RFP sous tension
La question de l’externalisation des appels d’offres hôteliers révèle une profession partagée entre autonomie et délégation. Selon l’étude, plus de la moitié des entreprises (54%) confient au moins partiellement leurs activités de RFP à des TMC ou à des consultants spécialisés. Les grandes structures, celles qui emploient plus de 20.000 collaborateurs, pratiquent davantage l’externalisation partielle (64%) que totale : seules 14% délèguent l’intégralité du processus.
En Europe, ce recours à des prestataires extérieurs est encore plus marqué : 64% des travel managers européens délèguent tout ou partie de leurs RFP, contre 52% en Amérique du Nord. Un écart qui traduit la complexité inhérente à la gestion de programmes couvrant de multiples marchés réglementaires, linguistiques et culturels. Cette difficulté se reflète aussi dans la perception du climat de négociation : seuls 47% des travel managers de la zone EMEA le jugent globalement favorable, contre 65% de leurs homologues nord-américains. « Les travel managers cherchent à équilibrer la hausse des coûts, la gestion du risque et l’amélioration de l’expérience voyageur », a résumé Suzanne Neufang, directrice générale de la GBTA.
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Vers des tarifs hybrides
Pour la deuxième année consécutive, la part des remises dynamiques progresse dans les programmes d’entreprise. Selon l’enquête, 49% des programmes ont enregistré une augmentation du nombre de remises dynamiques lors du dernier cycle de négociation, contre seulement 17% ayant vu croître leurs tarifs fixes. Ce glissement ne signe pas l’arrêt de mort des grilles tarifaires négociées – elles restent la colonne vertébrale de la majorité des programmes -mais il illustre l’essor d’une logique hybride. Concrètement, les entreprises tendent à maintenir des tarifs fixes sur leurs marchés à fort volume, tout en recourant à des remises dynamiques sur les destinations secondaires ou plus volatiles.
Cette approche leur permet d’élargir la couverture géographique de leurs programmes, d’accéder à des économies là où les tarifs fixes ne seraient pas viables, et de mieux absorber les fluctuations de la demande. Sur la question de la disponibilité chambre, les tarifs LRA (Last Room Availability, garantissant un tarif négocié jusqu’à la dernière chambre disponible) restent majoritaires dans l’ensemble, même si une tendance inverse s’esquisse en zone EMEA, où les tarifs NLRA (Non-Last Room Availability) gagnent progressivement du terrain.
L’IA encore en rodage
Le chiffre est éloquent : 32% seulement des travel managers interrogés ont fait appel à l’intelligence artificielle lors de leur dernier cycle de RFP. Mais ils sont 69% à anticiper d’y recourir dans le prochain. En l’espace d’un seul exercice, la diffusion de l’IA dans les processus de sourcing hôtelier pourrait ainsi plus que doubler. Cet intérêt croissant se traduit par des cas d’usage bien identifiés : 70% des acheteurs se déclarent favorables à l’utilisation de l’IA comme outil d’aide à la décision, et 56% se montrent ouverts à l’automatisation de certaines tâches.
Pour autant, les professionnels s’accordent à considérer que la supervision humaine reste irremplaçable dès lors qu’il s’agit d’interpréter des critères qualitatifs — préférences des voyageurs, adéquation avec l’image de marque, spécificités culturelles. L’IA est donc perçue comme un levier d’efficacité opérationnelle, non comme un substitut au jugement professionnel. Gianni Di Fede, directeur commercial de Radisson Hotel Group, a évoqué à ce sujet « un besoin accru de flexibilité, de prises de décision éclairées et de collaborations renforcées au sein de l’industrie » pour répondre à la complexité grandissante des programmes d’entreprise.
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