Que penser du MCP ? “Le rôle d’une plateforme n’est pas de choisir un protocole”, selon Moncef Khanfir​David Keller-Posalski

Que penser du MCP ? “Le rôle d’une plateforme n’est pas de choisir un protocole”, selon Moncef Khanfir

Nous avons récemment publié un article de synthèse mettant en lumière les opinions les plus marquantes issues des débats sur le Model Context Protocol (MCP dans le travel. Nous avons ensuite recueilli le point de vue d’un expert qui évolue depuis des décennies à l’intersection de la technologie et du voyage d’affaires : Moncef Khanfir. Pour le fondateur de KDS, aujourd’hui CEO de WonderMiles, c’est la manière même dont la question est formulée qui pose problème. 

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En effet, selon lui, la réponse est à la fois simple et révélatrice d’un problème plus profond dans notre façon de penser la technologie du voyage : “Le débat croissant autour de l’idée que le MCP remplacerait la NDC traduit une mauvaise compréhension de leurs rôles respectifs. Ce débat est souvent présenté comme un choix entre l’un ou l’autre, alors qu’en réalité ces deux technologies interviennent à des niveaux totalement différents de l’architecture technologique du voyage.”

MCP vs NDC, le faux débat

Pour comprendre pourquoi ce débat est, selon lui, un faux problème ou le contraire, Moncef Khanfir, en bon architecte logiciel, rappelle à quelles fonctions l’une et l’autre de ces technologies sont assignées.

“Le NDC a été conçu pour répondre à une problématique métier : comment une compagnie aérienne construit, personnalise et distribue ses offres ? Il définit les objets commerciaux du retail aérien : offres, commandes (Orders), services annexes, tarification dynamique, tarifs négociés, émission, échanges, remboursements et services après-vente. En résumé, le NDC est un standard de commerce.”

Quant au MCP, il est d’une nature radicalement différente. “Le MCP, en revanche, répond à une problématique technique : comment un agent d’intelligence artificielle communique-t-il avec les systèmes d’entreprise ? Il ne définit pas le commerce du voyage. Il définit la manière dont un agent IA découvre les outils disponibles, invoque des API, échange du contexte et orchestre des workflows. En architecture logicielle, le NDC est une API métier tandis que le MCP est un protocole d’orchestration de l’IA.”

Complémentarité et non concurrence que Moncef Khanfir illustre d’un cas concret : “Lorsqu’un agent IA reçoit une demande telle que ‘Trouve-moi le meilleur vol entre Paris et New York’, le MCP n’est pas capable à lui seul de déterminer les disponibilités aériennes, les règles tarifaires, les tarifs négociés ou les offres dynamiques. Il doit invoquer un service métier réalisant ces fonctions. Aujourd’hui, ce service est généralement une API NDC reliée au moteur d’offres de la compagnie aérienne.”

La chaîne qu’il décrit est donc la suivante : LLM (Large Language Model) → MCP → NDC → Offer Engine → Compagnie aérienne.  Ainsi, dans ce schéma, loin de se substituer à la NDC, le MCP constitue une couche de communication entre l’IA et le commerce.

L’anticipation (hautement improbable) d’un monde sans NDC

Pour autant, Moncef Khanfir ne balaie pas complètement le débat d’un revers de main : “À plus long terme, il est « techniquement » envisageable que le MCP réduise la dépendance au NDC. À mesure que les compagnies moderniseront leurs architectures, elles pourront exposer directement leurs microservices (Offer API, Order API, Pricing API, Payment API, Servicing API) via des interfaces compatibles MCP, plutôt que de maintenir de lourdes implémentations XML de la NDC.”

Mais il s’empresse d’en relativiser la probabilité. “Cette évolution est possible sur le plan théorique, mais hautement improbable à l’échelle de l’industrie. Ce n’est pas seulement un problème technologique, c’est avant tout un problème de gouvernance et de standardisation.” Il explicite : “Il faudrait que des centaines de compagnies aériennes, disposant chacune de systèmes d’information, de priorités commerciales, de contraintes réglementaires et de niveaux de maturité très différents, convergent vers une architecture commune et adoptent un protocole universel d’exposition de leurs services”. 

“L’histoire de notre industrie, poursuit-il, montre que parvenir à un tel niveau d’harmonisation est extrêmement difficile. Même le NDC, porté par l’IATA depuis plus d’une décennie, continue d’être implémenté de manière très hétérogène selon les compagnies.” 

En dernière analyse, le meilleur argument contre ceux qui anticipent la mort de la NDC au profit d’interfaces MCP natives réside dans les difficultés de la naissance même de la NDC ! Ce qui ne manque pas d’ironie.

Le MCP ne doit pas être exclusif

Mais le CEO de WonderMiles va plus loin. Pour lui, si le débat NDC vs MCP se contentait de reposer sur une confusion mentale et d’alimenter d’inutiles discussions, cela ne prêterait pas vraiment à conséquence. Malheureusement, il fait potentiellement passer à côté de l’essentiel, en extirpant le sujet “NDC” d’une évolution bien plus large et fondamentale. Ce qui est beaucoup plus problématique. 

Et l’essentiel, il le résume ainsi : “La véritable transformation est le passage vers l’Offer & Order Management. L’IATA elle-même met désormais davantage l’accent sur les Offers, Orders, Settlement et Delivery que sur le NDC en tant que sujet isolé. L’industrie évolue d’un monde basé sur les PNR, billets et EMD vers un modèle centré sur les offres et les commandes.”

C’est dans ce contexte que, selon lui, les plateformes d’orchestration prennent tout leur sens stratégique. Il est sans équivoque sur ce que cela implique : “Les éditeurs qui continueront à construire leurs solutions autour d’un protocole particulier prennent le risque de voir leur architecture devenir rapidement obsolète. Les véritables plateformes de nouvelle génération sont, par nature, agnostiques vis-à-vis des protocoles. Elles considèrent le NDC, l’EDIFACT, le MCP, le REST, GraphQL ou tout futur standard comme des implémentations techniques interchangeables. Leur rôle n’est pas de choisir un protocole, mais d’orchestrer intelligemment l’ensemble de l’écosystème afin que les évolutions technologiques restent invisibles pour leurs clients. Aujourd’hui, leurs plateformes orchestrent la NDC. Demain, elles orchestreront le MCP. Après-demain, elles orchestreront l’UCP ou tout autre protocole émergent.”

Agenda

Et cet avenir où, donc, “les gagnants ne seront pas les entreprises dépendantes d’un protocole unique, mais celles capables d’orchestrer tous les protocoles, tous les fournisseurs et tous les modèles d’IA à travers une couche d’intelligence unifiée”, Moncef Khanfir en dessine les principaux jalons : 

« Entre 2026 et 2028, le NDC poursuivra son expansion tandis que le MCP s’imposera comme protocole privilégié des agents IA. Les deux coexisteront car ils répondent à des besoins différents. »

« Entre 2028 et 2030, les plateformes aériennes évolueront vers des API métier plus granulaires. Les implémentations XML du NDC deviendront progressivement moins centrales, même si les concepts introduits par le NDC perdureront. »

« Au-delà de 2030, l’industrie parlera davantage d’Offer & Order Management, d’AI Commerce, de MCP, d’UCP et d’Agentic Commerce que du NDC lui-même. »

Selon le CEO de WonderMiles, le futur de la distribution aérienne ne s’écrira donc pas dans les tranchées d’une guerre de protocoles, mais dans la capacité de quelques plateformes à en transcender les frontières. Un pari sur la complexité, plutôt que sur la simplification.

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