EES : l’aérien mondial interpelle Bruxelles en urgence​David Keller-Posalski

EES : l'aérien mondial interpelle Bruxelles en urgence

Dans une lettre ouverte publiée ce 1er juillet, trois organisations représentant l’ensemble du transport aérien mondial ont adressé un appel direct à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. ACI Europe (Airports Council International), Airlines for Europe (A4E) et l’IATA (International Air Transport Association) y décrivent des « conséquences opérationnelles sévères » provoquées par le système EES (Entry/Exit System) et réclament une « intervention immédiate » de la Commission avant que la situation ne se dégrade davantage lors du pic estival.

La lettre est cosignée par Ourania Georgoutsakou, directrice générale d’A4E, Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, et Thomas Reynaert, vice-président chargé des affaires externes de l’IATA. Elle intervient deux mois après l’entrée en vigueur intégrale de l’EES, le 10 avril 2026, terme d’un déploiement progressif sur 180 jours encadré par le règlement (UE) 2025/1534, adopté le 18 juillet 2025 précisément pour prévenir un basculement simultané dans les 29 États participants. Le dispositif, qui remplace le tampon apposé dans le passeport par un enregistrement biométrique des voyageurs non européens à chaque entrée et sortie de la zone Schengen, est aujourd’hui sur la sellette à l’orée de la haute saison.

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Jusqu’à cinq heures d’attente

Depuis le déploiement intégral du système en avril, les files aux postes frontières ont « augmenté de façon significative », pouvant atteindre cinq heures lors des pics de trafic, indiquent les signataires. Vols retardés, correspondances manquées, agents de première ligne sous pression insoutenable : le bilan opérationnel s’alourdit de semaine en semaine. La lettre souligne la situation particulièrement préoccupante des publics fragiles – familles avec jeunes enfants, passagers âgés, personnes à mobilité réduite.

Elle décrit aussi un phénomène inédit : « des avions à moitié vides à l’heure de fermeture des portes, tandis que les passagers sont encore bloqués dans les files de contrôle frontalier ». Ce constat ne se limite pas aux grands hubs. Les petits aéroports desservant des destinations touristiques sont tout autant touchés, avec des voyageurs contraints « de faire la queue à l’extérieur des terminaux et sur des tabliers exposés » faute de capacité d’absorption en salle. Et le pire est à venir, avertissent les trois organisations : en juillet et en août, les aéroports européens devraient accueillir environ 40 millions de passagers supplémentaires par rapport aux deux mois précédents. Un afflux qui rendra intenables des dysfonctionnements déjà difficiles à gérer.

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La Commission pointée du doigt

Le ton de la lettre est inhabituel pour ce type de correspondance institutionnelle. Les signataires s’y disent « profondément préoccupés » par la position de la Commission, qui continue d’affirmer publiquement que le déploiement se déroule avec succès. Ils citent explicitement des propos rapportés par le Financial Times le 25 juin : « un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l’EES était pleinement opérationnel et fonctionnait bien, et que la plupart du temps, les longs temps d’attente ne sont pas liés au fonctionnement de l’EES, mais à des facteurs préexistants, comme la concentration des vols sur des créneaux spécifiques ».

La réponse des trois organisations est sans détour : les horaires de vols sont connus un an à l’avance et répondent aux besoins de connectivité des passagers. Le déploiement de l’EES devait être « adapté aux réalités des volumes de passagers, des pics de saison et des heures de pointe – tous connus bien à l’avance et en aucun cas une surprise ». Ce désaccord frontal avec la Commission traduit une fracture profonde. Stefan Schulte, président d’ACI Europe, avait déjà demandé publiquement à la BBC que les responsables politiques « cessent de prétendre que l’EES fonctionne bien, car ce n’est pas le cas ».

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Deux demandes à la Commission

La lettre formule deux demandes précises. La première, à effet immédiat : accorder aux États membres « toute la flexibilité nécessaire pour suspendre totalement l’EES, de manière préventive, dès que les volumes de passagers dépassent la capacité opérationnelle des postes de contrôle », au moins durant juillet et août. La seconde, à horizon septembre : instaurer un mécanisme permanent de flexibilité opérationnelle permettant aux autorités frontalières de suspendre le dispositif « dans des circonstances exceptionnelles clairement définies ».

Ces mesures devront rester disponibles, précisent les signataires, jusqu’à ce que quatre conditions structurelles soient remplies : des effectifs suffisants aux postes frontières, la pleine stabilité de la plateforme centrale EES et des interfaces nationales, le déploiement complet des bornes en libre-service et des sas automatisés, et la généralisation de l’application de pré-enregistrement dans tous les États membres. Les trois organisations tiennent à clarifier que ces demandes « ne signifient pas l’absence de contrôle frontalier », mais simplement le retour, en cas de besoin, aux vérifications classiques du code frontières Schengen, tampon dans le passeport inclus.

En toile de fond, un prochain défi se profile déjà : le lancement de l’ETIAS (European Travel Information and Authorisation System), prévu pour le dernier trimestre 2026. Ce dispositif d’autorisation préalable comparable à l’ESTA américain, qui concernera les ressortissants de pays tiers exemptés de visa, devra s’articuler avec un EES dont les bases opérationnelles restent, à ce jour, pour le moins instables.

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