Dix milliards de passagers en vue : comment l’aérien s’y prépare​David Keller-Posalski

Dix milliards de passagers en vue : comment l'aérien s'y prépare

Selon le dernier rapport annuel SITA Impact Report, en 2025, le trafic aérien mondial a frôlé le seuil symbolique des 10 milliards de passagers. Airports Council International (ACI) estimait le volume annuel à 9,8 milliards de voyageurs, soit une progression de 3,7% par rapport à 2024. Un chiffre qui questionne l’horizon 2050 que l’industrie s’était fixé pour franchir ce cap : le passage à dix milliards ne se jouera sans doute pas dans vingt-cinq ans, mais bien à très court terme. Ce constat impose une urgence. Aéroports saturés, compagnies sous pression opérationnelle, frontières engorgées : l’infrastructure physique ne pourra pas absorber seule la croissance à venir. C’est précisément ce que pose le SITA Impact Report 2025. Son message est sans détour : c’est la technologie, et elle seule, qui permettra de tenir la cadence.

Des milliards investis dans l’IT

Les budgets informatiques du secteur aérien ont atteint des niveaux records en 2025. Les compagnies aériennes y ont consacré 36 milliards de dollars (environ 32,8 milliards d’euros), soit 3,6% de leurs revenus. Les aéroports, eux, ont engagé 14,8 milliards de dollars (environ 13,5 milliards d’euros), représentant 7,3% de leurs revenus. Ces données illustrent un consensus qui s’ancre dans l’industrie : faute de pouvoir doubler la surface des terminaux ou multiplier les créneaux de décollage, c’est l’optimisation numérique qui doit compenser.

Selon le même rapport, 97% des compagnies aériennes auront investi dans un programme d’intelligence artificielle ou de R&D d’ici la fin 2026. 82% des aéroports se trouvent sur la même trajectoire. Les plateformes de données sont désormais la norme : 90% des compagnies les utilisent pour alimenter leurs décisions opérationnelles et analytiques. L’IT n’est plus un outil parmi d’autres : c’est une variable structurelle du modèle aérien.

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La biométrie accélère le flux

Comment traiter des millions de passagers chaque jour dans des terminaux qui ne peuvent pas s’agrandir indéfiniment ? La biométrie s’impose de plus en plus comme une réponse opérationnelle. En 2025, 43% des aéroports proposaient déjà l’embarquement biométrique. Les déploiements concrets témoignent de l’ampleur de la transformation.

À Singapour, l’autorité d’immigration a déployé le premier système de passage aux frontières entièrement automatisé sans présentation de document. Les résidents franchissent désormais les contrôles des quatre terminaux de Changi, à l’arrivée comme au départ, par simple reconnaissance faciale et de l’iris, en 10 secondes contre 25 auparavant, soit une réduction de 60% du temps de traitement. Les visiteurs étrangers bénéficient du même dispositif au départ.

Dans le petit territoire des Antilles néerlandaises d’Aruba, l’adoption d’un système d’identité numérique de voyage permet une validation frontalière en 8 secondes, 78% plus rapide qu’avant le déploiement, avec une pré-approbation accordée avant même l’embarquement. D’ici 2029, selon les estimations de Juniper Research citées par SITA, 1,27 milliard de voyageurs utiliseront des identités numériques, contre 155 millions aujourd’hui. À cette échelle, la réduction des temps de traitement dans les aéroports pourrait transformer en profondeur la gestion des flux.

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L’IA au service de l’opérationnel

 
Si la biométrie fluidifie les terminaux, l’intelligence artificielle s’attaque à l’efficacité des opérations dans leur globalité. Les applications concrètes couvrent des domaines aussi variés que l’optimisation des plans de vol, avec à la clé des économies substantielles de carburant et d’émission de CO₂, la maintenance prédictive, la gestion dynamique des rotations d’équipages ou encore la prévision de la demande.
 
La gestion des bagages constitue un autre terrain d’application majeur. Longtemps perçue comme un point faible structurel du transport aérien, elle fait l’objet d’investissements croissants dans des outils d’analyse prédictive capables d’anticiper les dysfonctionnements avant qu’ils ne se produisent, réduisant ainsi les coûts opérationnels et les motifs d’insatisfaction des voyageurs. Selon les données du secteur, chaque bagage mal acheminé génère un coût moyen estimé à plusieurs dizaines de dollars pour la compagnie concernée.
 

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