
Propreté, sécurité, confort : en vingt ans, ce trio gagnant a propulsé la métropole autrichienne sur le podium des villes les plus agréables à vivre, juste derrière Copenhague et devant Melbourne, et contribué à l’essor du tourisme.
Une taxe de séjour porté de 3,2% à 8%
Entre 2005 et 2025, le nombre de nuitées enregistrées est passé de 8,8 à 20,1 millions, un succès qui compte désormais faire fructifier la municipalité. Elle a décidé de porter la taxe de séjour de 3,2 à 5% début juillet, et à 8% à partir de juillet 2027.
Cela en fera « la deuxième plus élevée d’Europe » derrière Amsterdam (12,5%), déplore Martin Stanits, porte-parole de l’Association autrichienne des hôtels (ÖHV), qui souligne que les établissements font déjà face à une forte pression fiscale et à une explosion des coûts de l’énergie, des salaires et de l’alimentation.
« La ville vit depuis des décennies au-dessus de ses moyens et comble aujourd’hui ses déficits budgétaires au détriment du tourisme », accuse Martin Stanits, qui dénonce auprès de l’AFP une tendance à faire du tourisme une variable d’ajustement budgétaire.
Vache à lait
Selon lui, les responsables politiques sous-évaluent l’apport économique du secteur. « Abattre la vache qu’on veut traire, ce n’est vraiment pas une super idée », dit-il à l’adresse de la coalition qui gouverne Vienne, une alliance entre les sociaux-démocrates et les libéraux.
Le même discours résonne du côté des agences de voyages, qui pointent en outre la taxe de 12 euros appliquée sur les billets d’avion. Le président de l’association des agences de voyage, Gregor Kadanka, voit dans la multiplication des taxes et redevances une menace pour l’attractivité autrichienne, Ryanair préférant selon lui développer sa flotte à Bratislava, en Slovaquie, voisine de quelques dizaines de kilomètres.
L’office de tourisme assume
Mais la municipalité assume. Pour elle, cette hausse est la traduction d’une philosophie de « responsabilité partagée » entre la ville et un secteur qui bénéficie de ses services publics notoirement fiables et performants.
« Il utilise plus que jamais l’infrastructure de premier ordre de la ville et profite également de son entretien et de son développement. Il est donc compréhensible qu’il y apporte aussi sa contribution », explique à l’AFP Isabella Rauter, de l’office du tourisme.
Grâce à son offre haut de gamme de concerts classiques et de musées, Vienne est devenue une destination culturelle mondiale, tout en demeurant à l’abri des nuisances du tourisme de masse. Elle est aussi une ville de congrès et de diplomatie.
La taxe de séjour, enjeu de plusieurs destinations
La taxe de séjour fait l’objet de discussions et de tensions partout en Europe.
Un amendement au projet de loi de finances 2026 prévoyant de tripler la taxe de séjour en Bretagne a provoqué la colère des hôteliers. L‘Assemblée nationale a finalement rejeté la hausse voulue par la Région Bretagne, rapporte Le Télégramme.
La Norvège a pour sa part adopté une nouvelle taxe de séjour afin, selon les autorités de lutter contre le surtourisme. Le pays donne désormais la possibilité aux communes se trouvant « dans des zones particulièrement affectées par le tourisme » de lever une taxe de 3% par nuitée dans les hôtels et les meublés de tourisme.
La Catalogne a voté le doublement de sa taxe touristique. Cette hausse, effective à Barcelone depuis le 1er avril, sera étendue au reste de la Catalogne d’ici avril 2027. La métropole catalane prévoit par ailleurs de faire passer de 11 à 30 euros par passager pour les croisières courtes.
Un sujet de gouvernance en France
En France, la taxe de séjour devient un sujet sensible face à un projet de centralisation. Le sénateur Jean-Jacques Michau (Ariège) a interpellé le gouvernement sur la réforme envisagée de la taxe de séjour dans le cadre du projet de loi de finances 2027.
« Plusieurs organisations ont récemment exprimé leur attachement au maintien d’une gestion au plus près des territoires », souligne-t-il. « Les élus locaux sont particulièrement attentifs aux évolutions susceptibles de modifier les modalités de perception, de gestion ou d’affectation de cette ressource. »
« ADN doit embarquer tout l’écosystème face à un gouvernement qui veut remettre la main sur la taxe de séjour », indique la présidente d’ADN Tourisme, Christelle Chassagne. Une discussion qu’elle devrait engager aussi avec le ministre du Tourisme Serge Papin ou son équipe.
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