Croisières : avant le Mondial 2034, l’Arabie saoudite s’ouvre (un peu) aux visiteurs LGBT+​L’Echo touristique avec l’AFP

L’Arabie saoudite poursuit sa transformation, plus ou moins rapidement, en fonction des sujets. Le royaume ultraconservateur, berceau de l’Islam, a mené une série de réformes ces dernières années, sous l’impulsion de son prince héritier et dirigeant de facto Mohammed ben Salmane (MBS) : femmes autorisées à conduire, police religieuse écartée, réouverture des cinémas, ouverture aux touristes non musulmans

Et si l’homosexualité reste considéré comme un crime dans le pays, les autorités, dans leur volonté de s’imposer comme une destination mondiale majeure, commencent à atténuer leur discours. Signe des temps qui changent, le groupe américain Vacaya a annoncé une croisière baptisée « Arabian Nights », au printemps 2027. Elle reliera Jeddah à Aïn Sokhna (Égypte) et promet à ses clients d’ »entrer dans l’histoire ».

Un pays ouvert « aux visiteurs de toute identité »

« Pendant des décennies, les visiteurs LGBT+ pouvaient difficilement imaginer mettre les pieds dans le royaume », rappelle Vacaya sur le site de réservation de ce voyage à bord du yacht de luxe Emerald Kaia, dont les cabines sont vendues entre 9 900 et 57 000 dollars. L’Arabie saoudite est désormais un pays ouvert « aux visiteurs de toutes identités », désireux de « redorer son image sur la scène internationale », assure le tour-opérateur spécialisé dans les voyages pour la communauté LGBTQ+.

Sollicitées, les autorités n’ont pas commenté l’annonce de cet événement. Mais alors que les yeux sont rivés sur le Mondial-2026 co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, Ryad se projette déjà dans huit ans quand des millions de visiteurs étrangers fouleront son sol. Interrogés sur l’accueil qui sera réservé aux personnes LGBT+, les organisateurs saoudiens assurent que « tout le monde est le bienvenu », comme l’écrit le site officiel Visit Saudi.

« Nous demandons aux visiteurs de respecter notre culture, nos traditions et nos lois », précise toutefois le portail, en soulignant que les touristes ne sont « pas tenus de divulguer des informations personnelles » et que leur « droit à la vie privée » sera respecté. Comme le Qatar, hôte en 2022 de la première Coupe du monde de football organisé au Moyen-Orient, Ryad a essuyé des critiques pour sa politique en la matière quand il a été sélectionné fin 2024.

Une Arabie saoudite à deux vitesses

À Doha, des supporteurs et un journaliste avaient notamment été empêchés d’entrer dans des stades avec des vêtements aux couleurs de l’arc-en-ciel. En l’absence de code pénal, le cadre juridique saoudien est flou, mais il est basé sur la loi islamique, qui interdit les relations homosexuelles. En théorie, elles pourraient être passibles de la peine de mort dans ce pays qui se classe au troisième rang mondial pour le nombre d’exécutions, selon Amnesty International. Mais l’organisation n’a recensé aucun cas récent pour ce seul motif.

Devant cette offre de croisière encore impensable il y a peu, le militant saoudien Tariq Aziz s’insurge contre le deux poids deux mesures. « Il existe deux Arabies saoudites : une destinée aux étrangers, plus tolérante et plus ouverte et une autre, destinée aux citoyens, beaucoup plus conservatrice, où les libertés et les droits sont fortement limités au nom des normes religieuses et des traditions », dit-il.

Dans cette société en pleine transformation, où 60% de la population a moins de 35 ans, une partie des Saoudiens les plus privilégiés profitent également de rares oasis de liberté. Au MDL Beast fin 2025, un gigantesque festival de musique électronique parfois présenté comme un « Woodstock saoudien », des hommes maquillés ou vêtus de crop top côtoient d’autres habillés en thobe blanc, la tenue traditionnelle.

« Défendre publiquement les droits LGBT+ peut conduire en prison »

Mais l’homosexualité demeure un tabou majeur au sein de la société saoudienne. Dans les faits, des observateurs estiment que les autorités ferment généralement les yeux… tant que les relations entre personnes du même sexe demeurent strictement privées. Mais « défendre publiquement les droits LGBT+ peut conduire en prison », explique Dana Ahmed, chercheuse pour Amnesty au Moyen-Orient.

Les derniers cas documentés par l’ONG remontent à 2022. Il s’agit davantage « d’affaires liées à la liberté d’expression que d’une répression visant la communauté LGBT+ en tant que telle », ajoute-t-elle. Néanmoins, plaide Tariq Aziz, « les Saoudiens LGBT+ ont besoin de lois qui les protègent contre la discrimination, la haine et les persécutions ».

Il y a quelques jours, ce sont les autorités turques puis égyptiennes qui ont refusé l’entrée, dans leurs eaux territoriales, du Scarlet Lady, un navire de Virgin Voyages affrété par le voyagiste dédiée à la communauté LGBTQ+, Atlantis Events. Une première dans l’histoire de l’entreprise selon son PDG, Rich Campbell.

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