En 2026, Emirates nomme ses premières commandantes de bord émiriennes (et s’en félicite)​Margot Ladiray

Le communiqué est soigné, les photos sont belles et pourtant, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aura fallu 41 ans pour y arriver. Ce jeudi 4 juin, Emirates a annoncé la promotion au rang de commandant de bord de deux pilotes émiriennes, Hanan Mohammed Jawad et Bakhita Al Mheiri, une première dans l’histoire de la compagnie dubaïote fondée en 1985. 

Pendant ce temps, en 1974…

Dans les années 70, Air France recrutait Danielle Décuré. Elle finira sa carrière aux commandes d’un Boeing 747. En 1987, British Airways franchissait le pas, suivie de Lufthansa en 1988. L’Union soviétique, pourtant peu citée comme exemple en matière de droits des femmes, formait des pilotes militaires féminines dès la Seconde Guerre mondiale.
 
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Si Emirates peut invoquer la complexité d’une filière de formation nationale, un argument résiste moins bien : Etihad Airways, sa rivale directe basée à Abu Dhabi, avait déjà fait preuve d’un certain progressisme en la matière il y a 4 ans. En août 2022, Aisha Al Mansoori devenait la première femme émirienne commandante de bord d’une compagnie commerciale dans le Golfe. Sans tambour ni trompette, comme si la compagnie avait eu le bon goût de ne pas transformer un retard en victoire. Depuis, Emirates a eu le temps de lancer de nouvelles routes, de commander des dizaines d’appareils, d’inaugurer des salons business primés, et de faire, en 2026, ce qu’Etihad avait fait en 2022.

Un détail qui en dit long

Il faut aussi préciser qu’Emirates n’avait pas « zéro » femme commandante de bord avant cette semaine. Elle en comptait plusieurs, mais étrangères : Françaises, Australiennes, Britanniques, Brésiliennes… Des femmes dans le cockpit, la compagnie connaissait. Ce qui lui manquait, c’était une Émirienne aux commandes. La nuance est révélatrice d’une réalité que le communiqué ne mentionne pas.

5 à 6% : le vrai scandale.

Parce qu’il serait injuste de cibler uniquement Emirates, les femmes représentent encore, en 2026, environ 5 à 6% des pilotes de ligne dans le monde, selon les dernières données de Women in Aviation International. Pas 40%, pas 20% : 5 à 6%. Dans un secteur qui se targue d’être à la pointe de la technologie, de la gestion de crise et de la rigueur opérationnelle, ce chiffre-là devrait provoquer plus qu’un communiqué par compagnie tous les 4 ans.

Ce qu’on retient vraiment

Hanan Mohammed Jawad et Bakhita Al Mheiri ont construit des carrières sérieuses et méritent leurs quatre bandes sans réserve, et sans que leur promotion soit réduite à un exercice de communication institutionnelle. En détail, Hanan Mohammed Jawad a rejoint Emirates en 2008 via le programme de formation de pilotes cadets. « Grâce à un solide accompagnement et au soutien continu de la direction de flotte de la compagnie, elle a progressé régulièrement dans la hiérarchie, construisant sa carrière pas à pas », précise la compagnie. De son côté, Bakhita Al Mheiri a débuté son parcours chez Emirates en tant que pilote cadet en 2011. 
 
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L’événement est réel. Le retard l’est aussi. Et si l’on veut être tout à fait honnête, le vrai progrès ne se mesurera pas au nombre de communiqués, mais au jour où une telle nomination ne fera plus la une parce qu’elle sera devenue banale. On n’y est pas encore.

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