
En 2024, la fréquentation des trains longue distance a bondi de 5,2%, dépassant pour la première fois le niveau d’avant-crise. Pendant que l’avion voit le prix de ses billets augmenter et que la voiture stagne, le ferroviaire s’impose comme le mode de transport favori des Français sur les longues distances.
Selon le cinquième rapport annuel de l’ART (Autorité de régulation des transports), publié à partir de données concernant le transport de voyageurs en France pour l’année 2024, la fréquentation des trains longue distance a atteint 70,7 milliards de voyageurs-kilomètres, en hausse de 5,2% par rapport à 2023. Depuis 2020, le train affiche un taux de croissance annuel moyen de 17,5% sur les longues distances, précise le rapport, et l’utilisation de la voiture sur autoroute augmente de 8,9% sur la même période. Une dynamique qui traduit une véritable évolution des habitudes de déplacement des Français, en particulier depuis la fin de la crise sanitaire.
Post-Covid, le train a tout raflé
Durant la période pandémique, le transport ferroviaire avait été l’un des plus durement touchés, avec une chute de fréquentation de 38% en 2020, contre 26% pour la voiture. Mais le rebond a été tout aussi spectaculaire, et surtout bien plus durable. En 2024, les transports collectifs dépassent pour la première fois leur niveau d’avant-crise. La voiture, elle, reste encore en retrait de 0,9% par rapport à 2019 et transport aérien domestique de 15%.
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Dans le détail, la part modale du train a gagné 1,7 point en 5 ans, et représente 10,9% des déplacements en France métropolitaine. Selon le rapport de l’ART, cette hausse concerne tous les segments : TGV classiques, TGV à bas coûts, Intercités, TER longue distance. Ces derniers ont même enregistré une hausse de 9,4% en 2024, ce qui montre que ce n’est pas qu’une histoire de TGV et de Paris.
Face à l’avion, le train fixe les règles en dessous de 4 heures
Et face à l’avion, le train continue de séduire de nouveaux voyageurs. En dessous de 4 heures de trajet, le ferroviaire capte en moyenne plus de 60% des voyageurs. En dessous de 3 heures, on monte à 82%. Paris-Bruxelles, Paris-Londres, Paris-Luxembourg : le train est désormais le mode de transport privilégié. Un rapport de force en faveur du rail initié depuis 2019, qui ne cesse d’évoluer puisque sur les liaisons de 3 à 6 heures, la part modale ferroviaire a progressé de 15 points. Paris-Genève a gagné 16 points, Paris-Zurich 17 points, Paris-Amsterdam 11 points. L’ART indique que cette dynamique illustre « le potentiel du développement de nouvelles offres ferroviaires de courte à moyenne distance afin de favoriser le report modal de l’avion vers le train. »
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L’aérien face à l’augmentation des prix
Il faut dire que l’aérien n’a pas aidé sa propre cause. Le transport aérien classique coûte aujourd’hui 23 euros aux 100 kilomètres, soit 40% de plus qu’en 2019. Dans ce contexte, le train classique et les trains à grande vitesse à bas coûts (autour de 8 euros aux 100 km) apparaissent comme des options bien plus raisonnables, y compris pour des trajets qui étaient historiquement opérés en majorité en avion.
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Mais le train a aussi ses propres contradictions tarifaires. Le yield management fait bondir les prix ferroviaires de près de 150% sur les 90 jours précédant le départ. Le week-end, en période de vacances scolaires, un billet peut afficher en moyenne plus de 30% de plus que pour un départ en semaine hors vacances. Pour les voyageurs qui réservent tard, ou qui n’ont pas la main sur leurs dates, l’accessibilité du train reste un vrai sujet, pointe l’ART. Un autre signal fort du rapport : là où on développe l’offre ferroviaire, la fréquentation suit. En 2024, les Intercités et TER ont vu leurs sièges-kilomètres augmenter de 6,9% et leur fréquentation de 10,8%. La demande a absorbé l’offre nouvelle, qui reste insuffisante sur certains axes.
Le sujet des liaisons transfrontalières
Tout n’est pas rose pour autant. Bordeaux, Toulouse, Nice, Grenoble : 4 des 12 grandes métropoles françaises sont toujours sans aucune liaison ferroviaire régulière directe vers l’Europe. Et vers l’Espagne et l’Italie, la part modale du train reste inférieure à 10%, plombée par des temps de trajet trop longs, une offre de sièges limitée et, souvent des tarifs qui excèdent largement ceux pratiqués par des compagnies aériennes, notamment low cost.
L’ART précise que les données 2025 n’ont pas encore été publiées et qu’elles seront disponibles d’ici la fin de l’année 2026. Mais le contexte plaide déjà pour une confirmation, voire une accélération de la tendance. Dans un environnement géopolitique instable qui pèse sur les prix du kérosène, et alors que le prix de l’essence à la pompe continue de grimper, le train dispose d’atouts supplémentaires. L’ouverture à la concurrence, a également eu pour effet de renforcer l’offre et les compagnies redoublent d’effort pour améliorer leurs produits. Désormais, le choix du mode de transport se joue autant sur la sobriété énergétique que sur la carte du temps ou du confort.
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