
Il célèbre cette année ses 45 ans. Et il ne les fait pas. Dominant la colline de Vyšehrad depuis 1981, le Prague Congress Centre (PCC) est l’un des rares bâtiments de l’ère communiste à avoir réussi sa mue sans renier ce qu’il est. Construit pour glorifier un régime, il est devenu l’un des centres congressistes les plus actifs d’Europe centrale, hôte régulier de sommets internationaux, de congrès médicaux de premier plan et, depuis peu, de ses propres ambitions architecturales. Car en juin 2026, les travaux d’une nouvelle salle d’exposition de 5.000 m² démarrent officiellement. La perestroïka du PCC a commencé
Né de la volonté communiste
Tout commence en 1972. Le gouvernement tchécoslovaque décide la construction d’un Palác kultury – un Palais de la Culture – sur le site stratégique du carrefour de Pankrác, à deux pas du vertigineux pont de Nusle. L’ambition est alors explicitement idéologique : les règles du concours architectural imposent que le bâtiment « reflète les standards architecturaux, artistiques et techniques de l’ère socialiste, et constitue un pendant digne des monuments historiques de Prague. » Rien que ça. En tout cas, l’hommage le plus évident que le bâtiment rend à sa ville d’accueil se matérialise par d’immenses baies vitrées qui offre un panorama grandiose.

Après deux rounds infructueux – un architecte impétrant affirmera même avoir perdu « pour des raisons politiques », c’est en 1974 que le quatuor composé des architectes Jaroslav Mayer, Vladimír Ustohal, Antonín Vaněk et Josef Karlík l’emporte. Le chantier démarre en 1976. Le budget est si colossal qu’il aurait suffi, selon les historiens, à financer le logement de 10.000 personnes. Le bâtiment est inauguré le 2 avril 1981, en présence du président de la République de l’époque. Il abrite alors 70 salles et peut accueillir jusqu’à 10.000 participants simultanément. Moins de dix ans plus tard, en décembre 1989, la Révolution de velours renverse le régime. C’est dans ces mêmes salons, où le Parti communiste avait tenu ses congrès, que se forment les premières négociations du gouvernement libre de Tchécoslovaquie.
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Un musée dans le béton
De l’extérieur, le PCC impose sa silhouette néo-fonctionnaliste sur le panorama de Vyšehrad. La façade est entièrement composée de verre flotté teinté bronze – le Spectrofloat – dont certaines plaques atteignent 8 mètres de hauteur, serties dans des cadres en acier-aluminium également anodisés bronze. Trois niveaux souterrains – garages pour 800 voitures et 40 bus, cuisines, espaces techniques – soutiennent sept étages en acier organisés selon un module de 9×9 mètres.
Mais c’est à l’intérieur que le bâtiment révèle une autre dimension. Le régime communiste avait voulu faire de ce palais une vitrine de l’art tchèque contemporain officiel, et quelque 200 œuvres y furent intégrées. Elles sont toujours là. Dans le grand escalier hélicoïdal, une sculpture métallique intitulée Le Soleil, signée Vladimír Procházka (notre photo), capte la lumière à chaque palier.

Dans le foyer de la terrasse principale, L’Arbre de Vie, sculpture en verre de Stanislav Libenský et Jaroslava Brychtová, est considérée comme l’une des œuvres intégrées à l’architecture les plus puissantes de son époque. Le Salon du Président dispose quant à lui d’un éclairage circulaire composé de centaines de tubes – là encore signé Vladimír Procházka – tandis qu’un autre espace présente un plafond aux nervures dynamiques éclairé par un luminaire de František Vízner, avec des revêtements muraux textiles dessinés par Josef Müller. C’est beau et sobre : d’une grande élégance.

La salle Obama existe
Le PCC a en outre la particularité d’être entré dans l’Histoire plusieurs fois. En décembre 1989, les négociations autour de la composition du premier gouvernement libre de Tchécoslovaquie s’y tiennent, dans la foulée immédiate de la Révolution de velours. En avril 2009, c’est dans un salon discret du bâtiment – le South Boardroom – que Václav Havel, alors ancien président, rencontre Barack Obama, en visite officielle à Prague. Ce salon s’appelle depuis lors « la salle Obama » (notre photo).

Le bâtiment peut également se targuer d’une anecdote plus légère : Arnold Schwarzenegger y a tourné un spot publicitaire dans l’un de ses lounges. Ces détails ne sont pas anecdotiques pour les organisateurs MICE : ils disent l’ancrage historique exceptionnel d’un site qui ne ressemble à aucun autre. Le PCC est directement relié au métro et situé à quelques minutes à pied du centre historique de Prague : une configuration rare pour un centre de congrès de cette envergure, qui évite l’écueil des zones événementielles déconnectées de la ville. Pour les délégués, cela change tout : entre deux sessions, Prague est accessible, immédiate, vivante.
5.000 m² pour le futur
Le PCC fête ses 45 ans en lançant son plus grand projet depuis son inauguration. En avril 2026, un contrat a été signé avec la société de construction GEMO a.s. pour la réalisation d’une nouvelle salle d’exposition de 5.000 m² (notre photo). Les travaux démarrent le 30 juin 2026, pour une livraison prévue à l’automne 2028. L’investissement s’élève à 55,7 millions d’euros. La salle, issue d’un concours architectural international remporté en 2017 (mais le Covid a quelque peu mofifié l’agenda) par le cabinet barcelonais OCA Architects en partenariat avec le cabinet tchèque CMC Architects, pourra être divisée en cinq sections indépendantes.

Elle permettra d’organiser des dîners de gala jusqu’à 1.500 convives à tables rondes – une capacité dont Prague était jusqu’alors dépourvue. La surface d’exposition totale du PCC atteindra ainsi 21.000 m². Ce projet ne répond pas à une demande hypothétique : le PCC recense déjà une quinzaine de congrès internationaux majeurs, principalement dans le domaine médical, en attente de cette capacité pour confirmer leur venue dans la capitale tchèque.
« Cela nous permettra d’accueillir à Prague des événements que nous ne sommes actuellement pas en mesure d’héberger en raison de limitations capacitaires, tout en renforçant davantage la position de Prague parmi les principales destinations congressistes mondiales« , résume Lenka Žlebková, directrice générale du Prague Congress Centre. La nouvelle salle visera également la certification environnementale LEED Gold, dans la continuité d’une stratégie ESG que le PCC a formalisée – il est le premier centre de congrès de République tchèque à avoir obtenu la certification ISO 20121:2024 pour la gestion durable de l’organisation événementielle.
En bref, tout est fait pour complaire aux commanditaires originels des lieux, en concrétisant leur utopie internationaliste à quelques détails près : Congressistes de tout pays, réunissez-vous !
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