MICE Prague (1/3) : « Il y a 15 ans nous n’étions pas dans le Top 20 ICCA, aujourd’hui nous sommes 6ème »​David Keller-Posalski

MICE Prague (1/3) : "Il y a 15 ans nous n'étions pas dans le Top 20 ICCA, aujourd'hui nous sommes 6ème"

Comment Prague se positionne-t-elle sur le marché du tourisme d’affaires et des congrès ? Quel est, dans ce contexte, le rôle du Convention bureau ?

Roman Muska : Le segment MICE est déjà très bien développé à Prague. Notre bureau des congrès existe depuis 2008, nous travaillons donc sur ce créneau depuis de nombreuses années. Les élus de la ville ont parfaitement compris ce que représentent les congrès et les conférences, et ils souhaitent activement développer ce secteur en complément d’un tourisme de loisirs qui attire déjà un très grand nombre de visiteurs. Le potentiel de croissance du tourisme d’affaires reste considérable.

Comment ce soutien municipal se matérialise-t-il ? Par des investissements ?

Oui, la ville a décidé d’investir massivement. Le secteur privé contribue également – de nouveaux hôtels voient le jour, notamment : nous disposons actuellement d’environ 45.000 chambres. Mais Prague est allée plus loin. La ville possède deux grands sites. Le premier est le Parc des Expositions de Prague, un complexe multifonctionnel dans lequel des millions et des millions de couronnes tchèques ont été investis pour une rénovation complète. Ce chantier a débuté il y a quelques années et touche à sa fin. Le bâtiment principal, le Palais de l’Industrie, rouvrira officiellement à l’automne de cette année, après une longue période de fermeture.

Quelle sera la capacité d’accueil de ce lieu ?

C’est un espace multifonctionnel, pas exclusivement dédié aux congrès. La superficie totale dépasse les 10.000 m², répartis entre un bâtiment historique central et deux ailes. Ce lieu répondra particulièrement aux besoins des clients corporate, avec la possibilité de tenir simultanément plusieurs réunions et programmes sociaux. Il permettra d’accueillir jusqu’à 1.500, voire 1.800 personnes pour un dîner de gala dans une seule salle, ce qui manquait jusqu’alors à Prague.

Et le second site appartenant à la ville ?

Il s’agit du Prague Congress Center. Il était jusqu’à récemment détenu conjointement par l’État – via le ministère des Finances – et par la ville. L’an dernier, la ville a racheté l’intégralité des parts et décidé d’investissements supplémentaires ainsi qu’une extension du bâtiment. Le projet était connu depuis 2017, mais l’investissement est désormais confirmé : la construction débutera en juin de cette année, pour un achèvement prévu en 2028 et une opérationnalité en 2029. Il s’agira d’un nouveau bâtiment multifonctionnel, avec pour vocation principale d’accueillir les espaces d’exposition associés aux grands congrès d’associations, notamment médicaux. Ce sont 5.000 m² supplémentaires qui pourront également être utilisés pour des dîners de gala ou des expositions. Ce sera une transformation majeure pour notre offre d’infrastructure.

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Quels sont vos marchés cibles pour les congrès ?

En Europe, nos principaux marchés sources sont l’Allemagne – pays voisin – puis la Grande-Bretagne. En dehors de l’Europe, l’Amérique du Nord arrive en troisième position, avec les États-Unis et le Canada. Suivent ensuite la France, le Benelux et l’Italie.

L’Amérique du Nord représente donc votre premier marché hors d’Europe. Qu’en est-il de l’Asie ?

Nous regardons vers l’Asie, mais en termes de flux réels, l’Amérique du Nord reste notre premier marché intercontinental. Nous accueillons des visiteurs asiatiques, mais en moindre nombre qu’avant la pandémie, notamment en raison de la réduction des liaisons directes. Je pense que ces flux reviendront mais ils étaient de toute façon davantage orientés tourisme de loisir que MICE. L’Amérique latine est également plus significative pour nous que l’Asie. L’Inde est un marché en lequel nous croyons et qui devrait croître. 

Pourquoi une entreprise nord-américaine choisit-elle Prague pour organiser un événement ?

A vrai dire, c’est d’abord l’Europe qu’ils choisissent, et Prague s’inscrit dans cette dynamique. La concurrence est vive, et nous devons nous battre pour capter ces affaires. Après de nombreuses années de travail sur le marché américain, Prague a acquis une vraie visibilité. C’est une marque plus connue que “République tchèque” ou “Tchéquie”. Prague est identifiée comme une ville historique et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

Quel est le secteur dominant dans vos congrès ?

Les congrès médicaux restent numéro un, mais c’est une tendance mondiale, en rien spécifique à Prague. Là où nous progressons de manière notable, c’est dans les événements liés à la technologie – l’intelligence artificielle, la robotique. Le potentiel dans la tech est considérable.

Combien d’événements organisez-vous chaque année ?

En tout, environ 5.000 réunions et événements réunissant 800.000 participants. Pour les congrès d’associations internationales référencés dans le classement ICCA, nous en avons accueilli environ 135, ce qui nous a valu la 6ème place mondiale cette année.

Quelle est votre stratégie pour consolider ces bonnes performances ?

Nous participons aux principaux salons professionnels : l’IMEX à Francfort, l’IMEX America à Las Vegas, et l’IBTM America. Dans le passé, nous étions également présents à l’IBTM Mexique. Nous organisons des fam trips – environ six par an. Après l’IMEX Francfort, nous avons par exemple accueilli dix acheteurs américains pour un voyage de familiarisation à Prague. Nous participons aussi à des événements B2B en Europe et à l’international, et nous cherchons à en accueillir certains directement à Prague. Début juillet, nous recevrons ainsi le Meeting Space North American Forum.

Qui sont vos principaux concurrents ?

Je dirais Berlin, parmi les villes allemandes. Et surtout Vienne, très bien classée à l’ICCA, qui se situe à un niveau comparable au nôtre. Il y a aussi Barcelone, Madrid, Londres, Paris – de grandes métropoles et Prague joue désormais dans la même cour qu’elles. Copenhague est en forte croissance. Et Budapest est très prisée des clients corporate.

Sur quels arguments commerciaux vous appuyez-vous ? Le prix est-il votre principal atout ?

Non, plus du tout. Nous ne vendons pas Prague comme une destination bon marché – nous ne le sommes d’ailleurs plus. Nous parlons d’un excellent rapport qualité-prix : pour des tarifs raisonnables, vous obtenez la même qualité de lieux, d’hôtels et de services qu’à Paris ou à Vienne. Vienne reste légèrement plus chère que nous, même si selon les périodes nous pouvons nous trouver au même niveau tarifaire. Barcelone, elle, est cependant nettement plus chère.

Si le prix n’est plus l’argument décisif, qu’est-ce qui joue en faveur de Prague ?

L’accessibilité, d’abord. Géographiquement, nous sommes au cœur de l’Europe : rien n’est loin. Prague est une ville à taille humaine, où l’on se déplace à pied. L’aéroport est proche, et nous travaillons sur une liaison ferroviaire directe depuis le terminal, ce qui améliorera encore le confort. La stabilité politique est un autre atout. La sécurité également : la République tchèque est très bien classée dans les indices mondiaux, et il fait bon se promener le soir dans la ville. Enfin, les transports en commun sont efficaces, ponctuels, propres et peu coûteux. La ville de Prague offre des passes de transport gratuits pour les congrès d’associations réunissant plus de 500 délégués, et une réduction de 50 % pour les événements corporate, une initiative qui s’inscrit dans le plan de mobilité durable de la ville.

Quels sont vos objectifs pour les cinq prochaines années ?

Nous travaillons actuellement sur la mise à jour de notre stratégie quinquennale. Pour le segment des associations, l’ambition est de nous maintenir parmi les meilleures destinations mondiales et d’intégrer le top 5 du classement ICCA. Ce classement n’est pas une fin en soi, c’est avant tout un outil marketing : figurer dans le top 10, c’est être visible à l’échelle mondiale. Il y a quinze ans, nous n’étions pas dans le top 20. Notre stratégie a été claire : nous concentrer sur le segment “associations”. Nous y sommes. 

Dans notre stratégie actuelle, qui en est à sa cinquième année, nous avons fait le choix de nous focaliser sur des secteurs stratégiques en lien avec la stratégie d’innovation régionale de Prague : intelligence artificielle, robotique, biotechnologies. La ville pousse elle-même ces thématiques, et nous travaillons avec l’ensemble des parties prenantes pour promouvoir les innovations qui émergent à Prague et attirer davantage de congrès dans ces domaines. Ce n’est pas le MICE seul qui attire les investissements, mais c’est un outil puissant et une brique essentielle de l’attractivité d’une destination.

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