[Opinions] Distribution aérienne : le MCP peut-il tuer la NDC ?​David Keller-Posalski

Distribution aérienne : le MCP peut-il tuer la NDC ?

La vague est là, et elle grossit. En quelques mois, le Model Context Protocol (MCP) a réuni sous sa bannière quelques-uns des acteurs majeurs du voyage d’affaires – de Sabre à BCD Travel en passant par Travelport et CDS. Mais derrière l’unanimisme apparent des annonces technologiques, un débat plus profond a émergé : et si le MCP, en offrant aux agents IA un accès direct aux inventaires aériens, rendait progressivement obsolète la NDC ? La question s’est invitée en mars 2026 à la conférence Airline Distribution organisée à Barcelone par l’UATP. Elle divise désormais observateurs, acteurs technologiques de la distribution (“GDS” comme SBT) et compagnies aériennes.

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NDC en sursis ?

La thèse est provocatrice, mais elle s’énonce désormais sans détour. Johnny Thorsen, vice-président développement commercial de Serko, ne mâche pas ses mots : «MCP va éliminer NDC. Ça va se passer, pas du jour au lendemain, mais chaque jour il deviendra plus difficile pour une compagnie aérienne de justifier un investissement dans NDC.» L’argument paraît limpide : si un agent IA peut se connecter directement au serveur MCP d’une compagnie sans avoir à se conformer à un schéma NDC particulier, la complexité (et le coût) de cette implémentation perd une grande partie de sa raison d’être. 

C’est tout de même oublier un avantage qui n’est pas mince : à travers sa propre architecture, NDC permet à la compagnie de garder la main sur son contenu – en contrôlant, par exemple, l’accès à ses tarifs négociés pour les seuls voyageurs agréés. Pourtant, la thèse, pas uniquement provocatrice, également iconoclaste, trouve un écho qui s’explique par la réalité du terrain : introduit par l’IATA en 2012 (14 ans !), la NDC peine encore à s’imposer comme standard universel dans les canaux corporate. Même si les progrès sont indéniables ces dernières années, son adoption reste fragmentée selon les marchés, les transporteurs et leurs partenaires technologiques. 

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Trois scénarios possibles

C’est dans ce contexte incertain que le débat organisé par le média américain spécialisé The Company Dime prend tout son relief. Le consultant Cory Garner et Peter Vlitas, responsable distribution chez Internova Travel Group, y ont posé la question sans ambiguïté : le NDC est-il condamné ? «Is New Distribution Capability Cooked ?» Trois futurs se dessinent selon leurs échanges. Premier scénario : le retour par défaut à l’EDIFACT, faute de transition NDC aboutie. Deuxième scénario : le NDC l’emporte et les compagnies parviennent à distribuer leurs offres enrichies à grande échelle. Troisième scénario, le plus radical : la distribution tierce disparaît purement et simplement, les compagnies basculant vers la vente exclusivement directe : “Il y a une probabilité non nulle que cela arrive”, estime Cory Garner.

L’irruption du MCP ne tranche pas le débat, elle le complexifie. Car NDC et MCP n’opèrent pas sur la même couche technologique : le premier traite le problème du contenu (offres enrichies, ancillaires), le second celui de la connectivité entre agents IA et systèmes. En revanche, le MCP créerait une menace structurelle pour les GDS : une compagnie qui expose son propre serveur MCP peut être atteinte directement par un agent IA, sans transit par un distributeur global, remettant en cause le modèle transactionnel sur lequel repose l’économie des GDS. Les TMC résistent mieux à cette disruption : elles agrègent politique voyage, profils voyageurs, tarifs préférentiels et duty of care, des dimensions qu’un serveur MCP seul ne peut pas assumer, comme le souligne Peter Vlitas.

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Coexistence pacifique

Certains acteurs sont convaincus par cette thèse de la complémentarité MCP/NDC. Ainsi Steve Clagg, consultant en technologies de voyage et ancien responsable technique des achats chez Microsoft : “Je contesterais toute position affirmant que le MCP va remplacer ou diminuer le NDC. Ces technologies ne s’opposent pas.” Gonzalo Jorge, directeur senior produit chez Sabre, partage cet avis : “NDC est précieux pour s’assurer que, du point de vue des fournisseurs, le contenu est présenté comme ils le souhaitent. Quand tous les fournisseurs s’alignent sur les mêmes schémas, cela facilite la vie de tout le monde.” Sabre, d’ailleurs, a lancé son propre serveur MCP dès septembre 2025 – illustrant concrètement que les deux standards peuvent coexister dans la stratégie d’un même acteur.

Sylvain Roy, directeur technique d’Amadeus, pousse l’analyse encore plus loin. Dans un article publié en mai 2026, il soutient que le MCP constitue « une première étape importante, mais non suffisante » pour le commerce de voyage : en l’état, le protocole ne peut pas gérer les flux complexes du secteur – recherche en temps réel d’inventaires périssables, tarification dynamique, procédures de modification et d’annulation. Ces processus sont pourtant au cœur du voyage aérien. Amadeus plaide pour des standards complémentaires, notamment le Universal Commerce Protocol (UCP), développé par Google et Shopify et soutenu par Microsoft, Amazon et Meta, conçu pour couvrir des transactions de bout en bout dans des interfaces conversationnelles.

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Vers de nouveaux intermédiaires ?

Ces limites techniques ne dissipent pas une inquiétude stratégique de fond. Car si le MCP libère potentiellement les acteurs du voyage des contraintes d’implémentation du NDC, il ne les affranchit pas des intermédiaires pour autant. Skift pointe un risque précis : le contrôle glissant des anciens acteurs – GDS en tête – vers de nouvelles plateformes d’IA, sans que les compagnies n’y gagnent en autonomie réelle. Le même Sylvain Roy identifie le même écueil : les fournisseurs risquent de perdre la maîtrise du parcours client et la visibilité sur les algorithmes des plateformes qui les distribuent. Le MCP introduit par ailleurs une transparence tarifaire forcée : en interrogeant simultanément une TMC, un GDS et un accès direct compagnie, un agent IA rend inévitable la comparaison entre tous les canaux de distribution.

À cela s’ajoute une problématique de coûts mise en lumière lors de la conférence Airline Distribution 2026 de Barcelone. Le look-to-book – le rapport entre les recherches et les réservations effectives – est l’une des tensions actuelles de la distribution NDC, qui l’a fait passer de quelques centaines à plusieurs milliers. L’IA amplifie encore cette pression par le volume de requêtes automatisées qu’elle génère. Pour Martijn van der Voort, directeur du cabinet AstraNomad et ancien directeur produit chez CWT, le voyage d’affaires est bien l’un des premiers secteurs où les transactions agentiques se déploieront à grande échelle, mais le chemin reste semé d’embûches. Les prochains mois diront qui prend le virage.

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