
Dans la touffeur exceptionnelle de cette fin juin (qui devrait s’estomper la semaine prochaine… pour revenir la semaine suivant jusqu’à la mi-juillet), le cadre légal refait surface avec une acuité nouvelle. Depuis le 1er juillet 2025, date d’entrée en vigueur du décret n°2025-482 du 27 mai 2025, les entreprises ne peuvent plus improviser face aux températures extrêmes. Ce texte, qui concerne aussi bien les salariés en bureau que les travailleurs de plein air ou les participants à des événements professionnels.
À l’horizon 2050, le nombre de journées de forte chaleur en France devrait passer de 7 (quoique ce quota est déjà dépassé en 2026) à 19 par an, selon les projections climatiques. Ce que l’on gérait autrefois comme un imprévu estival devient une donnée structurelle de toute politique de ressources humaines.
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Un décret aux effets concrets
Le décret n°2025-482 ne fixe pas une obligation uniforme dès que le thermomètre monte. Il fonctionne par paliers : plus la chaleur est intense, plus les contraintes s’alourdissent. C’est Météo-France qui, via sa carte de vigilance canicule, déclenche en temps réel le niveau d’alerte et donc le niveau d’obligation. Quatre seuils structurent la réponse des employeurs : vert, jaune, orange et rouge. Mais ce qui change fondamentalement avec ce texte, c’est son champ d’application : il ne se limite pas aux salariés au bureau ou sur un chantier. Il couvre toute situation dans laquelle l’employeur met des salariés en activité, y compris lors d’événements professionnels organisés en son nom – séminaires, conventions, journées de cohésion ou incentives.
Dès le passage en vigilance jaune, l’organisateur d’un événement d’entreprise est tenu d’adapter le programme : décalage des activités en plein air, limitation des efforts physiques entre 11h et 16h, allongement des pauses. En vigilance orange ou rouge, une réévaluation quotidienne des risques s’impose, avec une attention particulière aux profils vulnérables parmi les participants salariés. Le décret impose également de mettre à disposition de l’eau fraîche en quantité suffisante (au minimum 3 litres par jour et par personne en l’absence d’eau courante). Enfin, point souvent négligé par les équipes événementielles : le risque thermique doit figurer dans le DUERP de l’entreprise. Une lacune sur ce point peut suffire, en cas d’incident lors d’un événement, à caractériser une faute de l’employeur devant l’Inspection du travail.
Annuler ou maintenir : qui décide ?
En cas de températures extrêmes, la question de l’annulation de l’événement se pose. Et la question est revenue tragiquement dans l’actualité lors de la première vague caniculaire fin mai. Certes, pour des manifestations sportives (de nombreuses hospitalisations et même deux décès), par nature plus sujettes à ce sujet, quoique certaines activités incentives ou de team building puissent s’y apparenter.
Face à ces drames, la ministre des Sports Marina Ferrari a renvoyé la responsabilité à chacun : « c’est à l’appréciation des organisateurs » de décider du maintien ou de l’annulation. Comprendre “et non aux pouvoirs publics”. Ce principe vaut sans restriction pour l’événementiel d’entreprise : un DRH ou un directeur général qui maintient un séminaire outdoor par 35°C ne peut se retrancher ni derrière l’absence de vigilance rouge officielle, ni derrière le silence des préfectures.
Certains organisateurs sportifs ont tiré les conséquences sans attendre : la Vanvéenne, à Vanves, attendant près de 2.000 participants, et la Grammoirienne, en Maine-et-Loire, ont toutes deux annulé préventivement, invoquant des « risques sanitaires importants » pour coureurs et bénévoles. Un réflexe que tout responsable d’événement corporate gagnerait à adopter.
Événements : préparer la canicule
Dans un contexte où les épisodes caniculaires sont de plus en plus fréquents et intenses, la logistique événementielle doit intégrer une dimension climatique à part entière. La première règle est celle de l’anticipation : communiquer avec les participants plusieurs jours avant l’événement pour les informer des prévisions météorologiques et leur recommander un dress code adapté (vêtements amples et clairs, couvre-chef, crème solaire).
Le planning des activités doit être conçu pour éviter les heures les plus chaudes, réservées aux séquences en intérieur ou aux temps de pause allongés. L’eau doit être omniprésente sur le site : fontaines fraîches, brumisateurs, glaçons en quantité suffisante. Côté restauration, bien sûr, des menus légers et froids remplacent avantageusement les buffets chauds. Les équipes terrain – accueil, sécurité, logistique – méritent une attention spécifique : rotation des postes accélérée, équipements de protection fournis, pauses régulières et hydratation renforcée. En cas de défaillance d’un membre du staff, c’est l’ensemble de l’événement qui peut déraper. Ces mesures relèvent autant du bon sens organisationnel que d’une obligation légale pour l’employeur organisateur.
Droit de retrait et sanctions
Lorsqu’un salarié estime, de manière raisonnable, se trouver face à un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, il peut exercer son droit de retrait, tel que le prévoit l’article L.4131-1 du Code du travail. Ce droit s’applique aussi bien dans les locaux de l’entreprise que lors de déplacements professionnels ou d’événements organisés par l’employeur. Il ne peut donner lieu à aucune sanction ni retenue sur salaire, sous réserve que le motif invoqué soit jugé fondé. Du côté patronal, les manquements exposent à des conséquences concrètes. En l’absence de mesures de prévention ou d’un plan d’action intégré au DUERP, l’inspection du travail peut mettre en demeure l’employeur d’y remédier sans délai.
En cas d’accident du travail lié à la chaleur, la responsabilité pénale de l’entreprise peut être engagée au titre du manquement à l’obligation générale de sécurité. La Cour de cassation a déjà sanctionné l’inaction d’un employeur face à un risque thermique identifié, même en l’absence de texte réglementaire spécifique (Cass. 2e civ., 28 novembre 2019, n°18-24.090). Dans les entreprises dotées d’un comité social et économique (CSE), les représentants du personnel peuvent également saisir cette instance en cas de risque avéré. La prévention du risque thermique n’est donc plus une option : elle est une composante à part entière de toute politique de santé au travail. Et le travail, ce sont aussi les événements…
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