À Disneyland (Californie), un milliard de visiteurs. Et après ?​Florian De Paola

Le 3 juillet dernier, Andres Robles, 8 ans, se presse comme des milliers d’autres visiteurs aux portes du Disneyland Park, à Anaheim, en Californie. Le garçon ne le sait pas encore, mais il va bénéficier d’une arrivée VIP. Mickey Mouse et Jill Estorino, la présidente de la destination, accueillent en personne Andres et sa famille. Et pour cause : leur visite permet à Disneyland de franchir un cap inédit dans l’industrie du loisir : un milliard de visiteurs.

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut remonter au jour de l’inauguration du parc, le 17 juillet 1955. Construit en un an, Disneyland est un ovni dans le paysage du divertissement de l’époque. Et Walt Disney, en s’associant à la chaîne de télévision ABC, en a assuré la promotion pendant plusieurs mois. 12 000 personnes se rendent donc à Anaheim, à une trentaine de kilomètres de Los Angeles, pour découvrir ce « royaume enchanté ».

Un nouveau modèle pour l’industrie des loisirs

Sauf que le parc n’est pas calibré. Des milliers de visiteurs forcent l’entrée du site, terrassé par une chaleur caniculaire. Les talons des invitées et les bancs s’enfoncent dans le goudron de certaines allées, posé la vielle. Les fontaines d’eau sont insuffisantes, et les visiteurs sont déçus par le nombre restreints d’attractions. Les plombiers profitent du chaos généralisé pour déclencher une grève spontanée.

Mais les téléspectateurs d’ABC n’y voient que du feu. Entouré de célébrités de l’époque, Walt Disney réussit son coup, et tout le monde ne parle plus que de Disneyland. Le succès sera rapide. Sans s’en rendre compte, le cinéaste vient également d’établir un nouveau modèle dans l’industrie des loisirs, jusqu’ici organisée autour des traditions foraines.

Disneyland n’a jamais été aussi cher et aussi fréquenté

Dès 1971, Disneyland revendique 100 millions de visiteurs. Plus elle se développe, plus la destination attire, jusqu’à franchir, en 2004, le cap symbolique des 500 millions de visiteurs. Jusqu’à la pandémie de Covid-19, le complexe ne cessera d’attirer davantage chaque année. Mais les contraintes héritées (jauges, réservations obligatoires…) de cet épisode sanitaire mondial ont leurs vertus.

Disneyland ne sera jamais achevé.

Disney va en effet identifier plusieurs leviers qui vont lui permettre non pas d’attirer toujours plus, mais de gagner davantage. La destination se met ainsi à la tarification dynamique et aux coupe-files (jusqu’ici gratuits), augmentent ses tarifs dans l’hôtellerie… dès 2022, la dépense par visiteur bondit de 40% par rapport à l’avant crise sanitaire. Désormais, la destination, qui n’a jamais été aussi chère, n’a jamais été aussi fréquentée.

Plusieurs millions de dollars de bénéfices quotidiens

Cette tendance s’étend à toutes les destinations Disneyland, y compris Disneyland Paris. Progressivement, les activités de Disney Experiences (parcs de loisirs, Disney Cruise Line…) deviennent bien plus rentables que le cinéma ou la télévision, métiers historiques de l’entreprise. Ce qui va l’inciter à orienter ses colossaux investissements vers ces segments, dans une logique de développement continu.

Et Disneyland, qui a fêté ses 70 ans en 2025, n’est pas en reste. Contrainte par le manque de foncier, la destination a négocié un accord à (minimum) 2,5 milliards de dollars avec la mairie d’Anaheim pour étendre le complexe. De nouvelles chambres d’hôtels, des restaurants et, bien sûr, des attractions vont donc sortir de terre. Les premières inaugurations sont attendues dès 2027.

De nouvelles expériences sont déjà en développement, notamment autour d’Avatar (photo). © Disneyland Resort

Walt Disney disait que « Disneyland ne sera jamais achevé. Il continuera de grandir aussi longtemps qu’il restera de l’imagination dans le monde ». Avec un site qui génère plusieurs millions de dollars de bénéfices quotidiennement, nul doute que les stratèges de la Walt Disney Company ne manqueront pas d’imagination.

À Disneyland (Californie), un milliard de visiteurs. Et après ?