
Inflation, « effet Trump » et, malgré le talent de l’équipe de France, un effet Coupe du monde négatif : au 31 mai 2026, les réservations pour des voyages vers la zone définie comme « Amérique septentrionale et Mexique » par le Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto) s’affichaient en recul de 26,2%, en nombre de passagers, par rapport à l’année précédente, à la même période. La région est en fait plombée par le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis et à d’autres facteurs comme l’inflation.
En effet, dès janvier 2025, c’est-à-dire le mois de sa prise de fonctions, le baromètre Orchestra pour L’Écho touristique enregistrait -24% sur les ventes vers le pays de l’Oncle Sam. Un an plus tard, en janvier 2026, le recul atteignait même 40%. Et les données publiées alors par Brand USA, l’organe de promotion touristique des États-Unis, confirmaient cette tendance à la baisse. Entre janvier et mai 2025, 632 866 Français ont ainsi visité le pays, soit 8,4% de moins que l’année précédente. L’impact s’est ressenti jusqu’aux plus grandes destinations américaines comme New York (725 000 Français en 2025, contre 788 000 en 2024).
Les raisons du désamour sont nombreuses
Pour 2025, le World Travel & Tourism Council a estimé le manque à gagner pour l’économie américaine à 12,5 milliards de dollars. Hausse du prix de l’Esta — presque doublé, passant de 21 à 40 dollars au 30 septembre 2025 —, instauration de droits d’entrée dissuasifs dans les parcs nationaux, projet de contrôle de l’historique des réseaux sociaux : les raisons du désamour sont nombreuses, et la plupart sont marquées du sceau de la politique de Donald Trump. Les enquêtes d’opinion confirment ce que certains ont pu qualifier, à l’époque, de vue de l’esprit.
Selon une étude Ifop pour Partir à New York menée en février 2026, 46% des Français ne souhaitent pas voyager aux États-Unis cette année. La politique du président américain « pèse dans le choix » de 59% d’entre eux. Une enquête Ipsos-BVA pour Europe Assistance enfonce le clou : 87% des Français n’ont « aucun projet » vers la destination, 41% invoquant en premier le « contexte politique et sécuritaire ».
La chute va se poursuivre, inexorablement, pendant l’année 2026. Le baromètre Orchestra montre une décote de -39,7% en janvier 2026, de -39,5% en février, et même supérieure à 50% en mars : du jamais vu, qui s’explique aussi par le déclenchement d’un conflit majeur au Moyen-Orient par Israël et les États-Unis, prenant pour cible l’Iran, le 28 février dernier.
Le tourisme cubain, victime collatérale
Et la baisse ne concerne pas que les voyageurs français. Selon les données du National Travel and Tourism Office (NTTO), les États-Unis ont enregistré neuf mois consécutifs de baisse de leurs arrivées internationales entre mai 2025 et janvier 2026, pour un recul global estimé entre 5,5% et 6,3% sur l’ensemble de l’année 2025. En janvier 2026, le pays n’accueillait plus que 5,41 millions de visiteurs étrangers au total, soit -3,5% sur un an. En avril 2026, la chute des arrivées dites « overseas » — c’est-à-dire hors Canada et Mexique — s’est aggravée à -14%. Le tout dans un contexte mondial pourtant porteur : selon ONU Tourisme, le tourisme international, qui n’a jamais été aussi massif, a progressé de 4% en 2025.
Mais le mandat de Donald Trump a aussi des conséquences touristiques pour les voisins des États-Unis. Et en premier lieu pour Cuba. Destination mythique du marché français, l’île révolutionnaire affiche une baisse vertigineuse (-54,5%) du nombre de voyages vendus par les membres du Seto. « Cuba est en train de disparaître de la carte touristique… », regrettait, au début de l’été, Patrice Caradec, le président du syndicat des voyagistes.
Pourtant, les Français aiment toujours Cuba. Mais l’île, sous le coup de sanctions américaines renforcées décidées par Donald Trump, n’est plus en mesure de garantir la tenue d’un voyage aux standards attendus. Exsangue, Cuba voit des acteurs historiques s’en aller (Iberostar, Meliá…) par peur de poursuites judiciaires aux États-Unis. Les compagnies aériennes, qui craignent de manquer de carburant, suspendent ou ralentissent leurs rotations vers l’île. Mécaniquement, les voyagistes français finissent par réduire leur programmation. Cuba — et surtout les Cubains — paient le prix fort des choix géopolitiques de Donald Trump, pour qui l’île constitue « une grande menace » pour la sécurité des États-Unis. Au bord de l’implosion, Cuba est sans doute la destination qui subit le plus fortement les décisions du président américain dans la région.
Le Canada comme destination refuge ?
Toujours selon les chiffres du Seto, la vente des voyages vers le Mexique est aussi en baisse (-29,7%), et ce après plusieurs années de croissance. Dans ce contexte, le Canada a tenté de saisir l’opportunité. La destination s’est rapidement positionnée comme une « destination refuge » pour les Européens en quête de grands espaces et de rencontres chaleureuses. Mais c’est surtout les flux touristiques entre le Canada et les États-Unis qui ont été refroidis par la politique de Donald Trump, et notamment sa rhétorique envers ses voisins canadiens.
En 2025, les arrivées de Canadiens aux États-Unis ont chuté de 25,7% selon Oxford Economics. Dans ce contexte, le Mexique a détrôné le Canada comme premier marché émetteur vers les États-Unis. En janvier 2026, le NTTO comptabilisait 1,8 million d’entrées mexicaines contre 1,2 million de canadiennes. Et la tendance ne semble pas s’inverser. En février 2026, les résidents canadiens revenant des États-Unis accusaient ainsi un recul de -12,5%, soit le quatorzième mois consécutif de baisse.
En résumé, les chiffres sont sans appel : dans un monde qui voyage plus que jamais, les États-Unis font figure d’exception… dans le mauvais sens. Ce retournement n’est pas que conjoncturel et dû à l’inflation, il est aussi politique. Et cette destination, qui a fait rêver tant de générations, devient celle à éviter pour d’autres.
