
Selon une information de Reuters publiée ce 22 juillet, l’Union européenne s’apprête à engager une révision de ses règles encadrant la propriété des compagnies aériennes, avec pour objectif d’empêcher des investisseurs étrangers d’en prendre le contrôle effectif. Cette annonce, relayée par un officiel européen sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du dossier, est tombée en pleine guerre des enchères entre deux fonds américains pour le rachat d’EasyJet.
La réaction des marchés a été immédiate et sévère : le titre de la compagnie low-cost britannique a plongé de près de 12% dans la séance du 22 juillet 2026, sa plus mauvaise performance depuis le début de la crise sanitaire en 2020. « L’objectif est de protéger l’autonomie stratégique », a déclaré la source européenne, résumant l’enjeu politique sous-jacent à ce qui s’annonce comme un durcissement de doctrine réglementaire.
Une guerre des enchères
La compétition entre les deux fonds d’investissement américains pour le contrôle d’EasyJet s’est engagée début juillet 2026. Castlelake avait formulé en premier une offre à 6,90 livres par action, valorisant la compagnie à environ 5,5 milliards de livres sterling (6,43 milliards d’euros). Apollo Global Management a surenchéri quelques jours plus tard, proposant 7,15 livres par action, pour une valorisation totale de 5,7 milliards de livres sterling (6,68 milliards d’euros), soit 7,65 milliards de dollars (7,12 milliards d’euros).
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Le conseil d’administration d’EasyJet a retenu l’offre d’Apollo comme base de négociation, indiquant qu’il serait prêt à la recommander aux actionnaires si une proposition ferme était officiellement déposée. Apollo dispose jusqu’au 7 août pour formaliser son engagement. Ni Apollo, ni Castlelake, ni Easyjet n’ont encore engagé de discussions sur les détails de l’opération avec les régulateurs européens, précise Reuters. Dudley Shanley, analyste chez Goodbody Stockbrokers, estime que la chute du titre « montre que les investisseurs craignent que la révision retarde ou bloque le potentiel rachat d’EasyJet, bien que ce dernier scénario soit peu probable ».
L’obstacle réglementaire européen
Le nœud du problème tient à l’architecture de propriété des compagnies aériennes au sein de l’UE. EasyJet est immatriculée au Royaume-Uni mais s’appuie sur des licences européennes pour opérer ses bases et ses lignes au sein du bloc. Depuis le Brexit, elle a plafonné la participation de ses actionnaires non européens à 49,5% pour demeurer en conformité avec la réglementation en vigueur. La révision envisagée par Bruxelles, attendue à l’automne 2026, vise à préciser quelles structures juridiques restent autorisées, notamment en matière de contrôle et de gouvernance.
Dudley Shanley résume la tension : les deux fonds semblent disposés à céder 51% des droits de vote à des entités européennes, mais l’UE redoute que le contrôle effectif de la compagnie ne demeure malgré tout entre des mains américaines. Pour y répondre, Castlelake avait proposé de confier cette part à un véhicule contrôlé par Peter Bellew, ancien directeur général de Malaysia Airlines, et Mark Breen, cadre supérieur du secteur aérien, tous deux ressortissants européens. « La préoccupation, c’est que l’industrie soit dans l’erreur en pensant que nous n’appliquons plus les règles strictement. Les gens vont prendre la mauvaise direction parce qu’il y a une fausse perception », a averti l’officiel européen cité par Reuters.
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Un précédent sectoriel lourd
La révision de Bruxelles dépasse le seul dossier EasyJet et soulève des questions de fond pour l’ensemble du transport aérien européen. Les restrictions à la propriété des compagnies aériennes sont monnaie courante dans le monde, les États les percevant comme des actifs stratégiques. Une protection qui aurait freiné la consolidation du secteur et fragilisé certains transporteurs face aux crises.
L’analyste Stephen Furlong, chez Davy, observe que la structure envisagée par les acquéreurs « n’est pas dissemblable d’autres montages existants, comme celui d’IAG », le groupe propriétaire de British Airways, Iberia, Vueling et Aer Lingus, qui s’appuie sur des structures nationales distinctes, notamment via la participation du distributeur espagnol El Corte Inglés, pour satisfaire aux règles d’appartenance européenne tout en conservant le contrôle économique.
De nouvelles règles visant à interdire ces mécanismes feraient peser une incertitude sur les structures d’actionnariat d’autres compagnies, comme Wizz Air ou Ryanair, et prendraient vraisemblablement des années à être adoptées. L’analyste aérien James Halstead relativise néanmoins l’urgence du risque pour Apollo : « Il est même possible qu’Apollo atteigne son objectif d’une sortie et d’une réintroduction en Bourse d’EasyJet d’ici 2034 avec un rendement supérieur à 20% avant que l’UE n’ait finalisé sa révision. » Une façon de rappeler que la temporalité réglementaire européenne s’accorde rarement avec celle des marchés financiers.
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