
Cinq heures d’attente à certains points de contrôle, des vols qui décollent à moitié vides, des compagnies aériennes excédées : en ce début d’été, le nouveau système européen d’entrée-sortie (EES pour Entry/Exit System) tourne au casse-tête pour les voyageurs et les professionnels du voyage dans plusieurs aéroports du continent. En France, pourtant, la situation semble sous contrôle, sans engendrer de blocages majeurs à ce stade.
Pour rappel, opérationnel depuis le 10 avril, l’EES impose un enregistrement biométrique — photographie et empreintes digitales — aux ressortissants de pays tiers effectuant un court séjour dans l’espace Schengen, en remplacement du tamponnage manuel des passeports.
Une situation « relativement maîtrisée »
Du côté des professionnels du voyage tricolores, le constat semble unanime : rien d’alarmant à signaler. Plusieurs agences réceptives interrogées affirment n’avoir reçu aucune remontée client sur ce type de perturbation aux aéroports. D’autres acteurs majeurs, comme Voyageurs du Monde, mettent en avant l’accompagnement proposé à leurs clients avant le départ et à l’aéroport, qui permettrait de limiter davantage les difficultés que pour les voyageurs individuels.
Chez Air France, si on reconnaît « des files d’attente plus longues qu’à l’accoutumée aux contrôles aux frontières » et que la phase de déploiement « nécessite encore certains ajustements », la direction ne fait pas part à l’Écho touristique de problèmes opérationnels majeurs. Elle assure aussi « que ce nouveau système gagnera progressivement en efficacité à mesure qu’un nombre croissant de voyageurs y seront enregistrés ».
Un constat partagé et détaillé par Laurent Timsit, délégué général de la Fédération nationale de l’aviation et ses métiers (Fnam). « Les autorités françaises s’efforcent de privilégier la ‘fluidité’ et font usage des possibilités de déroger à la prise d’empreintes biométriques prévues dans la réglementation européenne », explique-t-il, précisant que cette possibilité de dérogation ne reste possible que jusqu’au 6 septembre (voir plus bas). « En conséquence la situation est relativement maîtrisée en France par rapport à d’autres pays qui s’efforcent de ne pas y avoir recours depuis le 10 avril dernier, date à partir de laquelle 100% des passagers éligibles sont supposés être contrôlés », ajoute-t-il.
Ailleurs : ça bloque
Depuis le début de la haute saison estivale, certains de nos voisins semblent en effet subir un peu plus fortement l’entrée en vigueur de l’EES. À Rome, le patron de l’aéroport de Fiumicino a expliqué dans la presse que le temps de traitement des passagers à la frontière avait doublé depuis avril.
En Grèce, l’exploitant Fraport Greece, qui gère quatorze aéroports très exposés au tourisme estival (Corfou, Rhodes, Mykonos, Santorin, Kos…), a dû installer des tonnelles pour protéger les voyageurs de la chaleur pendant les longues attentes. Son directeur général juge le système actuel très inadapté aux pics saisonniers.
À Amsterdam, l’un des principales portes d’entrée en Europe, les compagnies aériennes ont averti la Commission européenne, dans un courrier relayé par DutchReview, que les temps d’attente pour l’enregistrement EES avaient déjà atteint deux heures, avec un risque de dépassement des quatre heures aux pics de trafic dans l’été. À Lisbonne encore, la situation a été telle que les autorités portugaises ont dû suspendre temporairement l’EES à l’aéroport, après des dysfonctionnements ayant provoqué des attentes allant, sur certains créneaux, jusqu’à sept heures, selon Euronews.
Face à ces pressions, trois organisations représentant le secteur aérien — ACI Europe, Airlines for Europe et l’Iata — avaient adressé début juillet une lettre ouverte à la présidente de la Commission européenne. Leur argument : les aéroports européens doivent absorber environ 40 millions de passagers supplémentaires en juillet-août par rapport aux deux mois précédents, un afflux que le système, selon elles, n’est pas dimensionné pour encaisser.
L’échéance du 6 septembre ?
Cette situation relativement favorable en France pourrait toutefois n’être que provisoire. La possibilité de suspendre temporairement une partie des opérations biométriques afin de préserver la fluidité aux frontières doit prendre fin le 6 septembre, et Bruxelles semble pour l’instant inflexible sur cette date. « Nous nous inquiétons de ce qui va se passer à compter du 6 septembre dans les aéroports français si les possibilités de dérogation ne sont pas prolongées, comme semble le laisser entendre la Commission européenne », prévient Laurent Timsit.
De son côté, le ministère de l’Intérieur se veut plus rassurant. Dans une communication transmise à L’Écho touristique, ce dernier indique que les travaux permettant l’activation généralisée des dispositifs de pré-enregistrement, notamment les kiosques et les tablettes, se poursuivront tout au long de l’été, avec l’objectif d’atteindre « un niveau de performance et de stabilité satisfaisant » d’ici l’échéance du 6 septembre. Le gouvernement met également en avant le renfort de 350 personnels dédiés au déploiement de l’EES.
Malgré cela, la France se prépare, elle aussi, à une éventuelle prolongation des difficultés. Aux côtés de huit autres États membres, elle a demandé à la Commission européenne d’engager une réflexion sur le maintien de certaines flexibilités après le 6 septembre. « Les échanges se poursuivent », indique le ministère de l’Intérieur. Jusqu’ici épargnés par les congestions majeures, les aéroports français pourraient bien connaître leur véritable test à la rentrée.
L’ETIAS à nouveau repoussé ?
Autre conséquence du cafouillage de l’EES : l’agence européenne eu-LISA, chargée de la mise en œuvre technique de l’ETIAS (le futur Esta européen), aurait reconnu en interne qu’un lancement d’ici la fin de l’année, comme prévu, n’était plus tenable, selon des informations du Financial Times. Le site officiel de l’ETIAS continue pourtant d’afficher un objectif de mise en service au dernier trimestre 2026. Une réunion est attendue en septembre pour arbitrer un nouveau calendrier, probablement reporté à 2027. Il s’agirait, si cela se confirme, du quatrième report du dispositif, initialement annoncé pour 2022.
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