CTM mise sur Stewart Harvey pour sortir de sa crise britannique ​David Keller-Posalski

CTM mise sur Stewart Harvey pour sortir de sa crise britannique 

Corporate Travel Management (CTM) a annoncé la nomination de Stewart Harvey au poste de directeur général de sa division Royaume-Uni et Europe, effective le 7 septembre 2026. Une décision qui intervient dans un contexte particulier : celui d’une entreprise encore en train de solder les séquelles d’un scandale de surfacturation sans précédent. Stewart Harvey succède à Eleanor Noonan, directrice des opérations du groupe, qui assurait la direction par intérim de la division depuis décembre 2025, après la résiliation du contrat de Michael Healy. L’annonce est intervenue le même jour que la publication des résultats annuels du groupe pour l’exercice clos au 30 juin 2026 et à la veille de la réadmission des titres CTM à la Bourse australienne, suspendue depuis août 2025.

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Un vétéran du secteur

Stewart Harvey apporte avec lui plus de trente ans d’expérience dans l’industrie du voyage d’affaires. Son parcours est étroitement associé à deux poids lourds du secteur en Europe. Il a d’abord passé plus de vingt ans chez HRG (Hogg Robinson Group), le gestionnaire de voyages d’affaires britannique, où il a notamment exercé les fonctions de directeur commercial. Il a ensuite rejoint BCD Travel pour présider la région EMEA pendant cinq ans. Ces dix-huit derniers mois, Stewart Harvey était associé au sein de Kintela, une agence de communication et d’événementiel spécialisée dans le voyage d’affaires. 

Dans son communiqué, CTM indique qu’il “apporte une connaissance approfondie du marché du voyage d’affaires au Royaume-Uni et en Europe, une forte expérience commerciale et un solide bilan de leadership dans ce secteur”. Ce profil à la fois opérationnel et institutionnel n’a manifestement pas été choisi par hasard : il s’agit de rassurer une clientèle britannique et européenne ébranlée, et de signaler, par une nomination visible, que CTM entend tourner définitivement la page.

Le poids du scandale

Pour mesurer l’ampleur de la tâche qui attend Stewart Harvey, il faut revenir sur les origines de la crise. L’affaire remonte à 2021, lorsque Michael Healy, alors directeur général de la filiale britannique de CTM, prend en charge d’importants contrats gouvernementaux, dont le rapatriement du personnel de l’ambassade britannique à Kaboul. Des signaux d’alerte internes émergent fin 2022, révélant un écart de 54,6 millions de livres sterling (environ 65 M€) entre les montants facturés au gouvernement britannique et les paiements effectivement reversés aux hôtels. 

L’enquête forensique menée par le cabinet KPMG a confirmé des manquements systématiques : la filiale n’avait pas reversé des remboursements dus à ses clients, avait conservé des trop-perçus, modifié unilatéralement des contrats et procédé à des surfacturations injustifiées. Le passif total a été progressivement réévalué à la hausse, passant de 90 millions de livres sterling (environ 107 M€) à 118 millions de livres sterling (environ 141 M€), couvrant les exercices 2019 à 2025. Le contrat de Michael Healy a finalement été résilié en décembre 2025. À ce stade, environ 78% des remboursements ont été convenus ou sont en voie de finalisation, le groupe ayant sécurisé un financement de 175 millions de dollars australiens (environ 105 M€) pour honorer ses engagements.

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Le retour en bourse

La nomination de Stewart Harvey coïncide avec une autre étape notable pour CTM : la publication, le 1er septembre 2026, des résultats de l’exercice clos au 30 juin 2026. Des chiffres qui dessinent un début de redressement. Le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 4% pour atteindre 669,9 millions de dollars australiens (environ 402 M€), tandis que l’EBITDA sous-jacent a augmenté de 36% à 113,6 millions de dollars australiens (environ 68 M€). Le résultat net après impôts s’établit à 17,7 millions de dollars australiens (environ 10,6 M€), contre une perte de 348,5 millions de dollars australiens (environ 209 M€) lors de l’exercice précédent qui avait absorbé l’essentiel des provisions liées au scandale. 

En Europe, la division affiche un redressement marqué : le chiffre d’affaires a progressé de 34% à 113,7 millions de dollars australiens (environ 68 M€), avec un EBITDA revenu en territoire positif à 24,7 millions de dollars australiens (environ 14,8 M€), contre une perte de 1,2 million de dollars australiens en 2025. Ana Pedersen, directrice générale de CTM, a déclaré à cette occasion : « FY26 représente une étape importante pour CTM. Nous avons enregistré une amélioration significative de nos résultats et maintenu de solides taux de rétention de clients à l’échelle mondiale. » La publication de ces comptes, préalable indispensable, a permis à CTM de solliciter la réadmission de ses titres à l’ASX, effective ce 3 septembre 2026, après plus d’un an de suspension.

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