
Le tourisme sportif a changé d’échelle. En France, selon une étude des ministères des Sports et de l’Économie, 34% des Français ont pratiqué du tourisme sportif en 2023, dont 29% sous forme de pratique ou d’itinérance. Mais derrière cette dynamique, un même mot recouvre deux réalités très différentes — et deux clientèles qui n’attendent pas du tout la même chose.
D’un côté, le touriste sportif : celui qui choisit sa destination pour une course, un spot, un stage, une station ou un événement. Le sport déclenche le voyage. De l’autre, le sportif touriste : celui qui ajoute du vélo, de la randonnée, du paddle ou du golf à des vacances plus larges. Le sport ne crée pas le départ, mais il renforce l’attractivité de la destination et la satisfaction du séjour.
Quand le sport impose son agenda
Le Grand Raid de La Réunion illustre parfaitement la première logique. L’événement structure tout : les transports, les hébergements, les services, le calendrier. Ce sont les participants et leurs accompagnants qui dessinent la demande. Même mécanique pour les grands rendez-vous de trail, de voile ou de triathlon : la performance, l’infrastructure technique et le calendrier sportif pèsent infiniment plus lourd que le reste de l’offre touristique. Une destination qui accueille ce public doit penser parcours balisés, logistique d’arrivée, relations avec les fédérations, gestion des pics de fréquentation et qualité d’usage des sites — pas seulement sa communication.
Cette catégorie offre une lisibilité marketing forte, mais elle exige un écosystème d’accueil cohérent. Attirer un marathonien ou un cycliste expert, c’est d’abord répondre à des critères fonctionnels très précis que l’offre touristique généraliste ne couvre pas.
Quand le sport enrichit le séjour
À l’inverse, sur La Vélodyssée, l’itinéraire cyclable génère 3,6 millions de sorties par an et 103,6 millions d’euros d’impact économique direct. Le gouvernement évalue à 4,6 milliards d’euros les retombées du tourisme à vélo en France. Ces chiffres sont massifs — et ils reposent largement sur des sportifs touristes : des vacanciers qui pédalent quelques jours, en famille ou entre amis, sans que la performance soit leur priorité.
Ce public ne cherche pas la technicité. Il veut une expérience accessible, bien intégrée au reste du séjour : location de vélos facile à trouver, signalétique lisible, étapes bien rythmées, hébergements compatibles avec les bagages. Il valorise l’environnement, la qualité paysagère, la possibilité de mixer activité et détente. C’est précisément ce profil qui soutient les stratégies de moyenne saison, de tourisme de proximité et de slow tourism — des enjeux centraux pour de nombreuses destinations aujourd’hui.
Un outil de pilotage, pas seulement de vocabulaire
La distinction change concrètement les choix d’investissement. Une destination qui vise les touristes sportifs doit prioriser les équipements, les partenariats avec les organisateurs, la sécurité des pratiques et la capacité d’accueil lors des pics. Celle qui mise sur les sportifs touristes doit plutôt travailler l’accessibilité des activités, la médiation, la réservation en ligne, la signalétique et la mise en récit d’un art de vivre actif.
Elle change aussi la mesure des retombées. Regrouper sous une même étiquette un participant à une compétition, un spectateur d’événement et un vacancier qui loue un kayak trois heures, c’est produire une catégorie trop large pour éclairer correctement les décisions d’investissement public ou privé.
Pour les destinations, mieux segmenter de tels publics, c’est mieux dépenser, mieux promouvoir et mieux rendre compte. Ce n’est pas de la théorie : c’est la condition d’une stratégie sportive territoriale qui tient la route.
Une tribune d’Armelle Solelhac, fondatrice de Switch
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