
Le prix des billets d’avion va-t-il s’envoler pour les vacances d’été 2026 ? Pour Willie Walsh, à la tête de l’Association internationale du transport aérien (Iata), c’est « inévitable ». Avec la situation qui persiste en Iran et alors que le prix du baril de kérosène a doublé depuis le début du conflit, « il ne faut pas être un génie pour déduire que les coûts supplémentaires auxquels les compagnies vont devoir faire face seront bien supérieurs à ce qu’elles peuvent absorber », a récemment indiqué Willie Walsh.
Des hausses de prix « mesurées »
Alors que le prix du carburant représente entre 25 et 30% du prix d’un billet d’avion, et s’il devait doubler durablement, « les billets pourraient théoriquement augmenter de 20% », analyse de son côté Frédéric Giroir, directeur général d’Allibert Trekking, l’un des leaders français du voyage d’aventure. Ce qui est pour l’instant loin d’être le cas. « Concrètement, concernant les départs de l’été, les compagnies ont déjà annoncé des hausses de 20 à 80 euros selon les destinations, donc bien inférieures à la hausse actuelle du prix du baril », ajoute-t-il aussi.
Mais contre toute attente, les prix des billets d’avion ont diminué de 3,7% en mars 2026 en comparaison avec mars 2025, selon le baromètre Digitrips pour L’Écho touristique. Les compagnies tentent ainsi de réveiller la demande.
Si les transporteurs subissent de plein fouet la hausse du baril de Brent, elle achètent leurs carburant en avance par des contrats à terme à un prix garanti, ce qui leur permet au moins temporairement d’amortir les chocs de hausse. « Les politiques agressives de couverture kérosène permettent par exemple à Air France-KLM de sécuriser le prix de 87% de sa consommation estimée pour les 24 prochaines mois », explique dans un communiqué FlightRight, société positionnée sur la défense des droits des passagers.
Air France augmente sa surcharge carburant de 50 euros en avril
Ce qui n’a pas empêché la plupart d’entre elles d’annoncer des hausses de tarifs, comme Air France qui a d’abord augmenté de 50 euros le prix de ses long-courriers en classe économique en mars. La compagnie a ajouté 50 euros supplémentaires en avril.
« S’ils chargeaient la hausse réelle du pétrole sur les billets, les tarifs grimperaient de 250 euros… Plus personne ne prendrait l’avion ! », commente Laurent Abitbol, à la tête de Marietton Développement, Havas Voyages et Selectour. Comme l’expliquait à L’Écho touristique Pascal de Izaguirre, le président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam), « La surcharge carburant est très loin de couvrir le surcoût réel du pétrole ».
De son côté la direction de Corsair, pilotée par Pascal de Izaguirre, indique aussi qu’elle sera « amenée à ajuster le prix de ses billets afin de tenir compte de l’évolution de ses coûts d’exploitation ». « Ces ajustements restent mesurés et s’inscrivent dans une logique de préservation de l’équilibre économique de nos opérations », est-il ajouté. Des compagnies préfèrent d’ailleurs réduire ponctuellement la voilure en suspendant des liaisons peu rentables.
Les clients s’inquiètent, les agences rassurent
« Il peut être dans ce contexte assez malin pour les passagers de réserver leurs billets maintenant, avant de potentielles prochaines hausses de prix, si le prix du baril venait à rester à ce niveau », glisse pour sa part Jean-Emmanuel Chometon, directeur général des Maisons du Voyage. « Dans tous les cas, la même règle continue de s’appliquer : plus on s’inscrit tôt, moins on paie cher », ajoute Frederic Giroir chez Allibert Trekking.
De l’avis de plusieurs dirigeants d’agences de voyages ou de tour-opérateurs, beaucoup de leurs clients s’inquiètent, s’interrogent, attendent, et parfois modifient ou reportent leurs voyages prévus pour le printemps ou l’été à venir. « Nous leur précisons le mécanisme et la probable courte durée du conflit. Nous leur expliquons aussi que les hausses de taxes aériennes ne concernent pas les billets déjà émis, donc les clients déjà inscrits ne subissent pas de réajustement », ajoute Frederic Giroir (voir encadré ci-dessous). « En réalité, tout laisse à penser qu’il s’agit d’un choc de courte durée, d’une guerre assez courte, et on peut faire l’hypothèse que le prix du baril reviendra à la normale peu après, permettant une détente sur le prix des billets », estime-t-il aussi, optimiste.
« En vérité, ce ne sont pas les prix de l’aérien qui découragent les gens actuellement, mais plus l’inquiétude et l’incertitude générale », complète Laurent Abitbol, qui note, à l’instar de l’ensemble de la distribution, une baisse de 20 à 30% des réservations ces dernières semaines. « Mais, comme à chaque fois en temps de crise pour l’aérien, lorsque l’on va en sortir, les prix vont baisser et les réservations vont reprendre d’un coup », conclut-il.
Hausse du kérosène : quels droits pour les passagers ?
- Une compagnie ne peut pas réclamer un supplément après l’achat d’un billet. D’un point de vue juridique, les passagers sont protégés à partir du moment où ils ont payé et ainsi formé un contrat de transport. La compagnie ne peut pas revenir dessus sous prétexte que les tarifs ont évolué entre-temps.
- Une exception toutefois justifie une hausse rétroactive des billets : pour les voyages à forfait, la législation permet à un opérateur de modifier unilatéralement le prix après la vente, mais uniquement dans certaines circonstances. La hausse n’est possible que si le contrat de voyage, ou les conditions générales de vente, prévoit expressément cette faculté, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. La réglementation fixe également plusieurs garde-fous. Une révision tarifaire ne peut intervenir à moins de vingt jours du départ. Si la hausse dépasse 8% du prix total du séjour, le client a la possibilité de refuser de payer le surcoût et peut annuler son voyage sans frais. En revanche, lorsque l’augmentation reste inférieure à ce seuil de 8%, le client est tenu d’accepter la modification.
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