Moyen-Orient : Air Mauritius adapte sa route pour passer par l’Afrique centrale​Eglantine L’Haridon

Air Mauritius « peut se le permettre » : la compagnie nationale de l’Île Maurice bénéficie d’autorisations de survol des pays de l’Afrique centrale, contrairement à certains de ses concurrents – notamment les compagnies françaises, qui ne sont pas forcément « bienvenues » dans certains espaces aériens. Elle a donc préféré adapter sa liaison directe entre Paris et l’Île Maurice lorsque la guerre a éclaté au Moyen-Orient : elle reliait les deux destinations via la mer Rouge, et passe désormais par l’Afrique centrale. « On a shifté le routing assez rapidement », explique Laurent Recoura, directeur commercial de la compagnie. « Au début, on l’a fait discrètement. Et puis les clients nous ont fait des retours positifs, donc on a décidé de communiquer là-dessus. »

Cette nouvelle route allonge de « 20 à 30 minutes » le temps de trajet – et son maintien est réévalué tous les 2 à 3 jours. « C’est une route qui nous fait consommer plus de carburant », rappelle Laurent Recoura. La compagnie a par ailleurs été contrainte d’augmenter sa surcharge carburant de 16% en moyenne, sur l’entièreté de ses vols.

« On sait que l’année financière va être dure »

La compagnie ne peut toutefois pas répercuter l’intégralité du surcoût sur les passagers, au risque de « casser la demande », et a conscience qu’elle devra « absorber » une partie de la hausse du prix du kérosène, qui ne cesse d’augmenter depuis le blocage du détroit d’Ormuz. Mais non sans conséquence sur son résultat financier : « On sait que l’année financière va être dure », concède Laurent Recoura. « Ça ne va pas être bon. »

Air Mauritius
De gauche à droite : Benoît Harper, directeur de la Maurice Tourism Promotion Authority, et Laurent Recoura, directeur commercial d’Air Mauritius. © Eglantine L’Haridon

L’objectif, pour Air Mauritius et la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), est alors de capitaliser sur la crise au Moyen-Orient, en érigeant Maurice comme une « destination-refuge », « éloignée des fracas du monde », détaille Benoît Harper, directeur de la MTPA. Dès le début de la crise, Air Mauritius a par ailleurs injecté de la capacité supplémentaire, et ajouté 3 200 sièges entre Paris et Maurice. En tout, ce sont six rotations additionnelles qui ont été ajoutées.

Vol direct

La stratégie : concurrencer directement les compagnies du Golfe, et valoriser la simplicité et la sécurité d’un vol « non-stop ». Air Mauritius martèle ainsi qu’un vol direct offre une indépendance cruciale par rapport aux grandes compagnies internationales, elles dépendantes des hubs du Moyen-Orient. C’est un « asset stratégique », selon la direction, qui compte sur sa mascotte pour faire passer le message de manière plus légère et « espiègle ».

Cette stratégie de vol direct s’appuie sur un partenariat étroit avec Air France, qui prend la forme d’une « joint-venture » : ensemble, les compagnies proposent deux vols quotidiens, soit près de 500 000 vols par an. Le partenariat permet de relier les villes de province françaises directement aux vols vers Maurice, via le hub de Paris, et aux passagers de bénéficier du programme de fidélité Flying Blue.

Pour rappel, l’Île Maurice a accueilli 1,44 million de touristes en 2025, contre 1,3 million en 2024. Une progression qui s’accompagne d’un allongement de la durée de séjour, qui atteint désormais une moyenne de 11 nuitées. Le marché français reste le premier marché européen, avec environ 340 000 arrivées en 2025, malgré un très léger recul, de 0,2%. Le revenu touristique global a atteint 103 milliards de roupies.

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