
Le transporteur français précise sa stratégie d’entrée sur le marché italien avec un investissement de 800 millions d’euros et une promesse de baisse des prix de 15 à 20%.
Après des mois de bataille réglementaire, la SNCF lève le voile sur les détails opérationnels et financiers de son offensive italienne. Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, a confirmé mardi à Rome auprès de nos confrères de l’AFP que le lancement commercial interviendrait en septembre 2027 sous le nom de marque « Allegro », avec un positionnement tarifaire agressif visant à bousculer la position dominante du duo Trenitalia-Italo.
Un investissement de 800 millions d’euros
Le groupe ferroviaire français engage 800 millions d’euros dans cette opération, incluant l’acquisition de 15 rames TGV-M spécialement adaptées aux normes italiennes et le recrutement d’environ 400 collaborateurs locaux. Conducteurs, contrôleurs et agents de maintenance seront embauchés directement en Italie pour assurer l’exploitation de ces trains à double étage, dont la mise en service commercial en France est prévue le 1er juillet sur l’axe Paris-Lyon-Marseille.
Ces nouvelles rames offrent une capacité supérieure de 40% par rapport aux TGV classiques, un avantage technique que le transporteur compte exploiter pour justifier une baisse tarifaire significative. « Nous proposerons des prix 15 à 20% moins élevés », a déclaré Christophe Fanichet, reprenant ainsi la stratégie low-cost déployée avec succès en Espagne depuis 2021.
Un déploiement contraint par les sillons accordés
Si SNCF Voyageurs confirmait en février dernier son intention d’opérer 13 allers-retours quotidiens sur deux axes (9 entre Turin, Milan, Rome et Naples, et 4 entre Turin et Venise), la réalité opérationnelle impose une approche plus rationnelle. L’attribution par le gestionnaire d’infrastructure RFI de 18 sillons quotidiens pour 10 ans, obtenue après un recours devant l’Autorité italienne de la concurrence (AGCM) début mars, limite le démarrage à 7 allers-retours Turin-Naples et 2 allers-retours Turin-Venise en septembre 2027.
Cette capacité représente exactement les 18 sillons accordés, un nombre que SNCF Voyageurs juge publiquement « pas suffisant » pour déployer son plan complet. La montée en puissance vers les 13 allers-retours initialement annoncés nécessiterait 26 sillons, soit 8 de plus que la proposition actuelle. Le transporteur devra donc négocier avec RFI pour obtenir des capacités supplémentaires et atteindre ses objectifs commerciaux.
Un conflit réglementaire partiellement résolu
Comme nous le rapportions en février, SNCF Voyages Italia avait saisi l’AGCM en juillet 2023 après des mois de blocages avec RFI, dénonçant un accès insuffisant aux sillons et aux infrastructures de maintenance. L’enquête pour abus de position dominante ouverte le 21 mars 2025 contre Ferrovie dello Stato et sa filiale RFI a partiellement abouti en mars 2026 avec cette attribution de sillons. Mais le transporteur français attend encore des « engagements supplémentaires » concernant l’homologation des TGV M et l’accès aux ateliers de maintenance italiens. Ces questions techniques et administratives restent cruciales pour le démarrage effectif des opérations dans 17 mois.
Une ambition à 7 millions de voyageurs supplémentaires
Malgré ces obstacles, le groupe table sur 7 millions de voyageurs supplémentaires grâce à ses opérations italiennes. Ces chiffres viendraient s’ajouter aux 7 millions de passagers déjà transportés depuis 2011 sur la ligne internationale Milan-Turin-Paris. Sur un marché domestique italien qui pèse 56 millions de voyageurs annuels en grande vitesse, l’objectif reste de capter 15% de parts de marché d’ici 2030.
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