
L’Écho touristique* : Quelques semaines après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le marché du tourisme recule. Vous le constatez aussi, chez Allibert Trekking ?
Frédéric Giroir : Les clients potentiels se posent beaucoup de questions autour du survol des zones de conflits, des risques de se retrouver coincés à destination, d’éventuelles pénuries de carburant à venir… Tout ceci complique les transformations. Il y a beaucoup d’attentisme. Normalement, le premier trimestre de l’année est la période la plus forte en termes de prises de commande. Là, depuis le 28 février, notre niveau d’activité est anormal.
Dans quelle proportion ?
Frédéric Giroir : Nous observons actuellement une baisse des réservations comprise entre -10 et -15% par rapport à l’année dernière.
Certaines destinations ne profitent pas du contexte ?
Frédéric Giroir : Une partie de la clientèle ne se pose pas de questions et reporte ses projets de voyage sur l’Europe, le Canada et, plus globalement, les destinations situées à l’Ouest. Mais cela ne suffit pas pour compenser l’impact négatif de la situation sur notre activité globale.
L’année 2026 est déjà perdue ?
Frédéric Giroir : Il y aura une perte, c’est évident. Il y a déjà les coûts liés aux opérations de rapatriement. Les annulations de nombreux voyages en mars et en avril ne seront pas totalement récupérées. Et puis, il y a l’impact sur la demande. C’est quelque chose de plus en plus palpable, notamment sur certaines destinations tendances, comme l’Égypte, ou sur certaines de nos destinations historiques, comme la Jordanie. Et même si certaines destinations en profitent (France, Cap-Vert…), ça n’est pas une situation gagnante. Nous perdons de l’activité et il faudra, ensuite, reconstruire de la confiance pour que le marché reparte.
Si on prend du recul, on constate qu’on finit toujours par se redresser
Quels sont vos leviers ? Jouer sur les prix ?
Frédéric Giroir : C’est ce qui est très frustrant, en tant que dirigeant d’entreprise : nous n’avons pas les cartes en main pour intervenir sur cette situation. Si elle se calme rapidement, ses effets négatifs seront gommés rapidement. Mais si elle perdure, les effets inflationnistes finiront par se faire ressentir de façon structurelle sur le prix des voyages. Pour l’instant, le marché n’est pas attentiste en raison des prix. C’est la confiance des ménages qui est entamée avec, selon moi, le symbole du prix des carburants à la pompe. C’est ce qui est le plus concret dans leur quotidien, et s’avère défavorable à notre secteur. Le marché a vraiment besoin de visibilité et de sécurité. Or pour l’instant, la situation est encore perçue comme très volatile, pouvant aller dans un sens comme dans l’autre. Mais ça n’est pas la première crise que nous traversons.

C’est presque ça, le métier de voyagiste : gérer les crises successives…
Frédéric Giroir : C’est un métier marqué par énormément d’aléas, que la crise soit locale ou mondiale, comme pendant la crise sanitaire. Mais c’est aussi un métier qui a un cycle long. Un voyageur régulier part, en moyenne, tous les deux ans. Et, si on finit toujours par se redresser, peu importe la crise. Toutes les études montrent que notre clientèle, qui dispose d’un pouvoir d’achat confortable, sacralise son budget vacances, ce qui nous rend optimistes.
Jusqu’au déclenchement du conflit, vous suiviez la trajectoire prévue ?
Frédéric Giroir : 2025 a tout simplement été la meilleure année de l’histoire d’Allibert Trekking, avec un chiffre d’affaires de 62 millions d’euros, en croissance de 15% pour 30 000 clients. Et 2026 s’inscrivait dans la même dynamique. Nous programmons des voyages qui répondent à des tendances structurelles, qui se renforcent un peu plus chaque année : nature, vacances actives, tourisme responsable… Et nous opérons dans 110 destinations. Notre avons aussi la chance d’avoir une clientèle qui est, sans doute, plus tolérante aux aléas opérationnels. Le segment des voyages individuels, qui porte la croissance d’Allibert Trekking depuis 20 ans, est d’ailleurs celui qui résiste le mieux, même en temps de crise.
*Interview réalisée le 16 avril 2026
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