[Congrès EDV] Dans le tourisme, une nouvelle génération veut imposer sa vision​Florian De Paola

« La première fois que j’ai participé à un congrès, j’ai pensé : mon Dieu, qu’ils sont vieux… », sourit Laura Martinez, directrice générale adjointe du groupe Amplitudes. « Et, surtout, quel entre-soi ! », ajoute celle qui, il y a huit ans, a rejoint l’entreprise familiale. Car c’est bien sur la scène du congrès des Entreprises du Voyage (EDV), organisé à Disneyland Paris, et donc face à ce public qui peut paraître intimidant au premier abord, que Laura Martinez raconte ses souvenirs de débutante dans l’industrie du tourisme.

« Ma vision a changé depuis », rassure-t-elle. « Je ne faisais pas partie de la famille du voyage, et ça n’est pas toujours facile de trouver sa place dans ces événements », soutient Sofiane Lesage, cofondateur de Riwaya Travel, un ambitieux réceptif franco-algérien. Mais, à force de participation, le jeune dirigeant le reconnaît : « le tourisme est accueillant. Il y a une vraie empathie et nous sommes reconnus à notre juste valeur ». Ces anecdotes illustrent en fait une préoccupation majeure des dirigeants de la nouvelle génération : la quête de légitimité.

« On se met la pression nous-mêmes »

Parce que les étiquettes sont difficiles à décoller. En plus d’avoir le défaut d’être jeunes, certains sont ce qu’on pourrait appeler des héritiers. Blanche Girardot, directrice générale adjointe du groupe Girardot (300 salariés), représente la cinquième génération familiale à la tête de cette société qui combine mobilités (transports locaux), production de voyages sur-mesure et distribution via 10 agences de voyages en propre. « C’est une pression énorme : j’ai vu les quatre générations précédentes réussir », concède celle qui, initialement, n’envisageait « pas du tout » de reprendre l’affaire tenue par ses deux oncles et son père.

Il faut commencer tout en bas.

D’ailleurs, « ce ne sont pas les collaborateurs qui nous font peser cette pression en légitimité : on se la met nous-mêmes », poursuit Blanche Girardot. Pour que « des personnes qui vous ont connus enfant parviennent à vous voir comme « la boss« , il n’y a qu’une solution : le travail », estime Laura Martinez. « Il faut commencer tout en bas », abonde Jonathan Lament qui a repris, depuis bientôt trois ans, les rênes de Syltours, un groupiste fondé par son père, Sylvain. Après sept ans dans la vente de vins et spiritueux à Singapour, Jonathan Lament, pourtant éloigné du tourisme, décide de reprendre le voyagiste fondé par son père « après une discussion sur la route du ski ».

« La vente, je l’avais. Mais il me manquait le back-office, la technique », se rappelle le dirigeant. Comme Laura Martinez et Blanche Girardot, Jonathan Lament passe donc par tous les services. « Comprendre ce que font les équipes, c’est le meilleur moyen pour qu’elles acceptent notre légitimité ». « Il faut mettre les mains dans le cambouis, et surtout prouver qu’on apporte une aide aux équipes, qu’on vient avec des solutions, et non des problèmes supplémentaires », abonde Laura Martinez.

Ne pas « tout casser », mais « apporter sa pierre à l’édifice »

Et puis, les années passant, on prend de l’épaisseur. L’ancienne génération transmet (pas toujours facilement) et la nouvelle commence à prendre ses marques. « J’ai beaucoup appris de mes prédécesseurs. Et l’idée, ça n’est pas d’effacer ce qu’ils ont fait, bien au contraire. Chaque génération vient poser des fondations qui renforcent celles posées par la génération précédente », explique Blanche Girardot. « Évidemment, il ne faut pas tout casser, mais plutôt apporter sa pierre à l’édifice », valide Jonathan Lament.

« Mon père avait, par exemple, un management très patriarcal. Je n’ai pas encore 40 ans, et je ne me vois pas adopter la même posture », sourit-il. « Être à l’écoute des équipes, la jouer collectif, les impliquer : je tends à manager de cette façon, avec beaucoup d’honnêteté et de transparence », assure Blanche Girardot. « J’aurais aussi besoin de me reposer sur eux lorsque mes oncles et mon père prendront définitivement du recul sur l’entreprise. »

« Et c’est là, selon moi, tout l’enjeu de la transmission : comment faire perdurer les valeurs incarnées par l’entreprise tout en amenant nos évolutions, qui sont autant culturelles que sociétales ? », conclut Laura Martinez. Rendez-vous dans 30 ans pour faire le bilan.

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