
La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran force le groupe aérien allemand à revoir drastiquement sa stratégie opérationnelle. Les prix du kérosène ont plus que doublé depuis le début du conflit, contraignant Lufthansa à retirer définitivement 27 appareils de sa filiale CityLine et à réduire massivement ses capacités. Malgré d’importantes annulations de vols vers le Moyen-Orient et des perturbations majeures, le groupe a enregistré au premier trimestre 2026 un chiffre d’affaires de 8,7 milliards d’euros, en hausse de 8%, démontrant sa capacité d’adaptation face à la crise.
1% d’annulations
Depuis le début du conflit moyen-oriental, e groupe a dû suspendre l’ensemble de ses liaisons vers le Golfe et procéder à des annulations massives de vols. Au total, 20.000 vols court-courriers ont été retirés du programme jusqu’à octobre 2026, représentant une économie de plus de 40.000 tonnes de carburant. Les trajectoires aériennes ont été profondément modifiées pour éviter les espaces aériens fermés et les zones de combat.
Trois destinations ont été temporairement supprimées du programme au départ de Francfort, dont Stavanger en Norvège, Bydgoszcz et Rzeszów en Pologne. Dix connexions supplémentaires ont été consolidées via d’autres hubs du groupe. La réduction des capacités disponibles sur le marché s’élève cependant à moins de 1% en sièges-kilomètres disponibles.
1,7 milliard d’euros de surcoûts
Les prix du kérosène ont plus que doublé par rapport à la période précédant le conflit iranien, mettant sous pression l’ensemble du modèle économique du transport aérien. Lufthansa Group, qui a heureusement maintenu un taux de couverture élevé de 80% sur ses besoins en carburant pour 2026 grâce à des contrats de couverture sur divers produits pétroliers, n’est que partiellement protégé. Les 20% restants, non couverts, doivent être achetés à des prix de marché considérablement augmentés.
Selon les estimations du groupe basées sur les courbes de prix à terme actuelles, la facture totale de carburant pour l’exercice 2026 devrait grimper de 1,7 milliard d’euros par rapport aux prévisions initiales, atteignant 8,9 milliards d’euros au total. Cette hausse représente une menace présentée comme existentielle pour la rentabilité du groupe. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement en raison du conflit ont également créé des risques de pénurie physique de kérosène sur certains marchés.
Opportunités paradoxales
Paradoxalement, la crise au Moyen-Orient a également généré des opportunités commerciales le groupe. La fermeture temporaire ou la réduction drastique des opérations des grands hubs du Golfe, notamment à Dubaï, Doha et Abu Dhabi, qui servaient traditionnellement de points de correspondance majeurs entre l’Europe et l’Asie, a provoqué une réorientation massive des flux de passagers. En mars 2026, Lufthansa a ainsi constaté une augmentation spectaculaire de la demande sur ses routes vers l’Asie et l’Afrique, les voyageurs privilégiant les hubs européens pour leurs correspondances.
Les rendements unitaires des Network Airlines ont progressé de 3,3% en glissement annuel, tandis que l’augmentation normalisée des revenus unitaires a atteint 12% en mars par rapport à l’année précédente. Le coefficient de remplissage sur les routes vers l’Asie-Pacifique a bondi à 89%, en hausse de 4,4 points de pourcentage. Les routes vers l’Afrique ont enregistré un coefficient de remplissage de 82%, en progression de 1,8 point. Cette forte demande a permis au groupe d’augmenter ses tarifs et d’améliorer sa rentabilité sur ces segments. Le segment cargo a également bénéficié de cette situation, avec une croissance de 35% du résultat opérationnel ajusté à 83 millions d’euros, porté notamment par les rendements sur les routes asiatiques qui ont progressé de 5% en mars.
Plan d’urgence en trois phases
Face à cette crise, Lufthansa Group a dévoilé le 16 avril 2026 un plan de réduction de capacité structurel en trois phases destiné à préserver sa viabilité économique. La première mesure, effective dès le 18 avril, consiste au retrait immédiat et définitif des 27 appareils Canadair CRJ de Lufthansa CityLine, une décision qualifiée de « douloureuse, particulièrement pour les collègues de Lufthansa CityLine » par Till Streichert. Ces appareils, proches de la fin de leur capacité technique opérationnelle, affichaient des coûts d’exploitation particulièrement élevés et leur maintien devenait insoutenable dans le contexte actuel.
La deuxième phase prévoit le retrait de six appareils intercontinentaux à la fin de la saison estivale, dont les quatre derniers Airbus A340-600 en octobre 2026, mettant un terme définitif à l’exploitation de ce type d’appareil chez Lufthansa. Deux Boeing 747-400 seront également immobilisés pour l’hiver. La troisième étape interviendra durant l’hiver 2026-2027 avec une réduction supplémentaire équivalant à cinq appareils sur les vols court et moyen-courrier. Ces mesures génèrent un effet d’économie disproportionné en retirant les avions les plus énergivores et en réduisant d’environ 10% la portion non couverte des besoins en carburant. Pour l’exercice 2026, la croissance des capacités est révisée de 4% initialement à seulement 0 à 2%.
Résultats trimestriels étonnamment résilients
Malgré l’ampleur de la crise géopolitique et ses multiples impacts opérationnels, Lufthansa Group a démontré une résilience notable au premier trimestre 2026. Le groupe a généré un chiffre d’affaires de 8,7 milliards d’euros, en progression de 8% par rapport à l’année précédente. Le résultat opérationnel ajusté s’est établi à -612 millions d’euros, soit une amélioration de 15% par rapport au premier trimestre 2025 où il s’élevait à -722 millions d’euros.
Le groupe a transporté 25,1 millions de passagers, soit une hausse de 3%, avec un coefficient de remplissage en progression de 3,6 points de pourcentage à 82,2%. Le flux de trésorerie opérationnel a bondi de 18% à 2,1 milliards d’euros. Le segment Network Airlines, avec un chiffre d’affaires de 5,8 milliards d’euros, a vu son résultat opérationnel ajusté s’améliorer de 18% à -605 millions d’euros. Le segment cargo a enregistré une croissance de 35% de son résultat à 83 millions d’euros, confirmant que certaines activités du groupe ont même bénéficié indirectement de la crise. Cette capacité d’adaptation témoigne de la flexibilité du modèle multi-hubs de Lufthansa et de sa gestion proactive des risques géopolitiques.
Perspectives incertaines mais maintenues
Face à un niveau d’incertitude sans précédent, Lufthansa Group maintient néanmoins ses prévisions d’un résultat opérationnel ajusté significativement supérieur à celui de 2025, tout en reconnaissant ouvertement l’augmentation considérable des risques. Cette prévision repose sur l’hypothèse que la hausse des coûts de carburant pourra être compensée par une augmentation des revenus, grâce notamment à la forte demande persistante sur les routes asiatiques, africaines et transatlantiques.
Le groupe anticipe que la tendance positive des rendements se maintiendra en raison de tarifs plus élevés et d’une capacité réduite sur le marché mondial. La position de liquidité demeure solide avec 10,3 milliards d’euros disponibles au 31 mars 2026, offrant une marge de manœuvre appréciable. L’endettement net a été réduit de 1,1 milliard d’euros à 5,3 milliards d’euros.
Le ratio d’endettement s’est amélioré à 1,6 contre 1,8 fin 2025. Toutefois, le groupe reconnaît que la durée du conflit, l’évolution des prix du carburant et les potentielles pénuries d’approvisionnement constituent des facteurs de risque majeurs. Des mesures d’optimisation des coûts ont été décidées, incluant un gel des recrutements externes pour les postes non opérationnels et une réduction de plus de 10% des dépenses de projets. Le groupe poursuit également ses discussions avec les autorités pour obtenir des allègements réglementaires temporaires adaptés à cette situation exceptionnelle.
L’article Lufthansa Group : malgré 1,7 milliard de surcoûts carburant, Q1 satisfaisant est apparu en premier sur Déplacements Pros.
Déplacements Pros
