
Le gouvernement a récemment publié une réponse à des questions de députés sur l’activité des travel planners.
Une réponse publiée au JO, pas une loi
Point important : il ne s’agit pas d’une loi, mais d’une simple réponse publiée au Journal officiel (JO) qui pose un cadre générique. Bercy et son ministère du Tourisme Bercy partagent ainsi leur vision, en prenant de multiples précautions.
En préambule, le texte (publié ci-après) évoque « l’essor des métiers de travel planners« , porté par la numérisation et les réseaux sociaux. « Leur activité ne relève pas systématiquement des dispositions du code du tourisme ». Notons l’usage de « pas systématiquement » qui montre la prudence du gouvernement. « L’obligation de détention d’une garantie financière ne paraît pas adaptée à l’activité des planificateurs de voyages », ajoute le texte.
Enfin, le gouvernement charge la DGCCRF d’exercer « une vigilance renforcée et de contrôler les pratiques des professionnels du tourisme ». Autrement dit, la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) reste vigilante et prête à sanctionner les mauvaises pratiques.
« Pas grand-chose de nouveau » pour les EDV
Pour les Entreprises du Voyage (EDV), le texte reste générique.
« Avec cette réponse, nous n’apprenons pas grand-chose, estime Guillaume Beurdeley, secrétaire général adjoint du syndicat. Quand une personne ne délivre que du conseil et ne vend aucune prestation, si ce n’est une carte avec un itinéraire, elle n’a pas besoin d’immatriculation, ce que nous savions déjà. Le texte dit aussi qu’une agence de voyages peut recourir à un apporteur d’affaires pour développer son activité. Là aussi, rien de nouveau. »
Pour Guillaume Beurdeley, des questions restent en revanche « pleines et entières ». Qui protège le consommateur quand un apporteur d’affaires intervient dans la mise en relation ? Qui apporte la garantie des fonds déposés ? « Souvent, il subsiste un flou dans les informations données aux consommateurs », ajoute-t-il.
« Un combat sain » selon Frédéric Savoyen
Frédéric Savoyen, fondateur d’Elux Group et co-directeur de la délégation Tourisme illégal des EDV, réagit différemment, tout en défendant son métier d’agent de voyages. Le dirigeant évoque un « combat sain » entre deux métiers très différents. L’agent de voyages apporte de nombreuses garanties supplémentaires : il rapatrie, accompagne et reprotège ou rembourse son client en cas de problème. Un atout maître dans le contexte actuel.
Frédéric Savoyen croit d’ailleurs beaucoup à la complémentarité des deux métiers, d’où son programme d’ambassadeurs. En témoigne, selon lui, le succès de Fora aux Etats-Unis. « L’agence de voyages Fora compte déjà 3000 apporteurs d’affaires qui sont des independant contractors ». Fondée en 2021, Fora revendique sur son site ‘plus de 15 000 conseillers » qui « ont développé leur activité sur la plateforme ». Ils auraient ainsi généré « plus de 2,5 milliards de dollars de réservations de voyages ».
Ce modèle, très répandu dans le monde anglo-saxon, pourrait se développer en France. « De nombreux travel planners sont d’anciens agents de voyages », relève le patron d’Elux Group.
Une reconnaissance, pour l’ATPE
De son côté, l’ATPE) affiche sa satisfaction.
« Le gouvernement reconnaît officiellement le métier de travel planner. C’est une étape majeure pour notre profession », déclare-t-il sur LinkedIn.
« Le Gouvernement rappelle également, et nous le partageons pleinement, que les dérives et pratiques illégales doivent être contrôlées afin de protéger les consommateurs et clarifier le secteur », ajoute-t-il. L’association s’engage d’ailleurs à continuer à travailler avec la Direction générale des entreprises (DGE) et la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Objectif : « contribuer à construire un cadre clair, équilibré et adapté à la réalité du métier ».
Les EDV attendent une clarification
« On retrouve toujours de tout dans les travel planners : les pires escrocs comme des conseillers dont les conseils n’engagent que ceux qui les écoutent », poursuit Guillaume Beurdeley.
Les EDV appellent toujours à davantage de clarté réglementaire pour lever les zones d’ombre. « Nous appelons de nos vœux une clarification du périmètre de l’immatriculation, qui interviendra peut-être dans la nouvelle directive sur les voyages à forfait. » Mais ce texte européen ne sera appliqué qu’en 2029…
En attendant, les EDV défendent les acteurs immatriculés et signalent les acteurs illégaux auprès des services appropriés. « La DGCCRF est assez active sur le sujet. »
Réponse du gouvernement le 5 mai 2026 (source, Assemblée nationale)
Le Gouvernement est conscient des interrogations que peut susciter l’essor des métiers de travel planners, dont le développement rapide accompagne les mutations profondes du secteur touristique.
En effet, la numérisation de l’économie a entraîné une évolution des comportements d’achat des consommateurs et favorisé le développement de l’activité de travel planner (planificateur de voyages) ou de coach de voyages, qui répond à la demande d’une certaine catégorie de clientèle.
Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette dynamique. L’activité des travel planners consiste à proposer des prestations de conseils personnalisés en matière touristique et représente de fait une concurrence nouvelle sur le marché du voyage. Elle repose toutefois sur un modèle économique distinct du modèle traditionnel des agences de voyage, en ce sens où le contrat de vente est généralement conclu directement entre les clients et les prestataires de services de voyages, les travel planners étant alors rémunérés sous la forme de commissions versées par ces prestataires, ou d’honoraires ou frais de conseil facturés à leurs clients.
Dès lors, leur activité ne relève pas systématiquement des dispositions du code du tourisme et en particulier de l’obligation d’immatriculation auprès d’Atout France.
En tout état de cause, l’obligation de détention d’une garantie financière, dont l’objectif est de protéger les consommateurs d’une défaillance de l’opérateur avec lequel il contracte, ne paraît pas adaptée à l’activité des travel planners qui ne reçoivent en principe aucun fond de la part des consommateurs, les prestations étant acquises par les clients directement auprès des différents fournisseurs. Dans ce contexte concurrentiel nouveau, certaines agences de voyage s’adaptent en ayant recours à des travel planners comme apporteurs d’affaires et en informant mieux leur clientèle de l’existence et du rôle de la garantie financière souscrite.
Dans le cadre de sa mission de protection économique des consommateurs, le ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat, charge la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes d’assurer une vigilance renforcée et de contrôler les pratiques des professionnels du tourisme, qu’elles relèvent des dispositions spécifiques du code du tourisme ou du droit consumériste général.
Les consommateurs qui rencontreraient une difficulté peuvent également faire un signalement sur le site public signal.conso.gouv.fr.
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